Les bénédictions du Chéma – tour d’horizon
Le Chéma est précédé de deux bénédictions et suivi d’une troisième.
La première bénédiction se conclut sur ces mots : « Yotser haméorot – Qui façonne les luminaires. » La seconde se conclut ainsi : « Habo’her béamo Israël… – Qui choisit Son peuple Israël avec amour. »
Le Chéma proprement dit est composé de trois paragraphes :
- « Chéma Israël – Écoute Israël. » 2. « Vehaya im Chamoa – Si vous écoutez. » 3. « Vayomer Ado-naï èl Moché – D.ieu dit à Moïse » (appelé « la section des tsitsit »).
Ces trois passages évoquent les fondements de la foi juive, l’acceptation de la souveraineté divine et la soumission aux commandements de la Torah.
Le Chéma est suivi d’une troisième bénédiction, qui se conclut par la louange « Gaal Israël – Qui a libéré Israël ».
Nous allons à présent étudier dans le détail ces différentes bénédictions ainsi que les trois sections du Chéma lui-même.
Yotser or – « Qui façonne la lumière »
Avec cette bénédiction, nous entamons la seconde partie de Cha’harit. Cette prière vient préciser le sens de « l’Unicité » de D.ieu que nous proclamons dans le premier verset du Chéma : « Écoute Israël, l’Éternel est notre D.ieu, l’Éternel est Un. »
En effet, dans les temps reculés, de nombreux peuples croyaient en l’existence de deux puissances opposées : le « dieu du bien » qui aurait créé toutes les choses bonnes, symbolisées par la lumière, et le « dieu du mal », responsable supposé de tous les malheurs du monde, symbolisés par les ténèbres.
Dans cette bénédiction, nous déclarons qu’un seul et unique Créateur a façonné le monde et qu’Il est à l’origine de la lumière comme de l’obscurité. En effet, D.ieu est l’essence même du bien et ce que nous percevons comme étant mal est en réalité un « bien dissimulé ». Telle la quintessence de la foi que le peuple juif a apportée au monde.
- Au moment où l’on prononce les mots : « Yotser or », on touche la téfiline du bras, et en disant « ouBoré ‘hochekh », on effleure celle de la tête. On embrasse ensuite les doigts qui ont touché les téfilines.
Haméïr laarets – « Qui éclaire la terre »
Ce paragraphe est le prolongement de la bénédiction Yotser or. Dans ce passage, nous remercions D.ieu d’avoir créé le soleil et de le maintenir chaque jour dans le ciel.
À notre époque, tout le monde sait que la distance séparant le soleil de la terre est très précisément celle qui permet le maintien de la vie : si l’astre solaire était un peu plus proche de nous, la surface de la terre serait brûlante ; et si nous en étions un tant soit peu plus éloignés, le monde serait entièrement recouvert de glace.
Si certaines personnes considèrent cette formidable « coïncidence » comme un fait ordinaire, le judaïsme y voit quant à lui un autre motif pour reconnaître D.ieu et Lui rendre grâce.
Ce paragraphe se termine par un texte de louanges à l’Éternel, composé de vingt-deux mots dont les initiales suivent l’ordre des vingt-deux lettres de l’alphabet hébraïque : « E-l, Baroukh, Guédol Déa… »
L’évocation de ces vingt-deux lettres renferme une idée profonde : c’est avec elles que fut composée la Torah. Elles sont donc le ferment à partir duquel le monde fut créé. Chacune de ces lettres recèle un Nom sacré ou une force divine particulière permettant à l’existence de subsister. Dans ce cantique basé sur l’alphabet hébraïque, nous exprimons ainsi notre bonheur de bénéficier de la bienveillance du Créateur, qui illumine la terre en notre faveur.
Titbarekh lanétsa’h – « Sois béni pour toujours »
Ce passage est basé sur la vision du prophète Isaïe qui décrit la manière dont les anges glorifient l’Éternel dans les cieux.
Après avoir contemplé la « légion du ciel » – les astres célestes – et nous être ébahis des merveilles de l’univers, notre regard se porte plus profondément sur l’immensité du cosmos. Nous y découvrons alors le « royaume des anges » qui servent le Créateur avec un sentiment mêlé de crainte et d’amour sans bornes.
Dans la suite de cette bénédiction, nous précisons que même les anges – aussi noble que soit leur nature – ne sont pas des créatures « indépendantes », dotées du libre arbitre. Ils sont entièrement soumis à la volonté du Créateur, remplissant les fonctions d’émissaires divins.
Ce texte puissant, basé sur les visions des prophètes Isaïe et Ézéchiel, dessine sous nos yeux un tableau inouï des mondes supérieurs, renforçant nos sentiments de respect et de crainte envers D.ieu. Il constitue ainsi un parfait préambule à la lecture du Chéma.
LaE-l baroukh – « Pour le D.ieu béni »
Dans ce passage, nous proclamons que D.ieu crée le monde entier à chaque instant ex nihilo (à partir du néant). Chaque seconde, D.ieu produit en effet un nouvel acte de création par lequel la matière et l’univers entier émergent du néant absolu.
En réalité, depuis le jour de la Genèse, l’Éternel n’a jamais interrompu ce « processus de création ». Concrètement, cela signifie qu’Il gouverne notre existence à chaque instant, en exerçant sa Providence sur chaque créature !
Nous concluons ce paragraphe par ces mots : « Baroukh… yotser haméorot – Béni sois-Tu, Éternel, Créateur des luminaires. » Ces mots se rapportent non seulement aux luminaires célestes tels que le soleil et la lune, mais aussi aux véritables « lumières » qui éclairent notre vie : la Torah et ses commandements.
Ahavat olam – « Un amour éternel »
Ce passage constitue la seconde bénédiction précédant le Chéma. Il décrit le lien étroit unissant D.ieu au peuple juif.
Dans la bénédiction « ahavat olam » qui commence et se termine avec le mot « amour », nous prenons conscience de la profonde affection que D.ieu nous porte : un « amour éternel » qui se perpétue depuis l’époque d’Abraham notre patriarche et à travers toutes les générations.
Nous demandons également à D.ieu de nous prendre en pitié et « d’ouvrir » notre cœur et notre esprit, afin que nous puissions étudier, comprendre et approfondir les enseignements de la Torah. Nous L’implorons aussi de rétablir prochainement la paix dans le monde et de susciter la venue du Machia’h, le Messie qui rassemblera le peuple juif.
- En récitant la phrase : « Véhaviénou léchalom – rassemble-nous dans la paix depuis les quatre coins de la terre », on réunit les quatre franges du talith et on les garde dans la main gauche jusqu’au milieu de la bénédiction qui suit le Chéma (Émeth véyatsiv).
Comment tient-on les tsitsit ?
On commence par prendre les deux tsitsit avant du talith, on leur associe ensuite le tsitsit arrière gauche, puis le tsitsit arrière droit. On tient les quatre tsitsit de manière à ce qu’ils passent entre l’auriculaire et l’annulaire, puis entre le majeur et l’index, et on les fait sortir entre l’index et le pouce en laissant dépasser la plus grande partie de leur longueur à l’extérieur de la main.
On tient les tsitsit dans la main tout au long de la récitation du Chéma, en les maintenant près du cœur.
- Lors des offices collectifs, on récite la fin de cette bénédiction – « habo’her béamo – Qui choisit Son peuple Israël avec amour » – en même temps que l’officiant, afin d’enchaîner aussitôt avec la lecture du Chéma.
