L’heure adéquate
Le premier – et le plus long – des offices quotidiens est celui du matin, appelé Cha’harit.
D’un point de vue formel, la prière de Cha’harit peut être récitée dès l’aube, appelée Alot Hacha’har. Cependant, on attendra de préférence le lever du soleil (Nets Ha’hama) pour commencer à prier. (Voir dans l’annexe les définitions de ces moments halakhiques.)
À partir de là, la prière de Cha’harit peut être récitée pendant encore environ quatre ou cinq heures après le lever du soleil, jusqu’au moment appelé « fin du temps réglementaire de la prière ».
Dans des situations exceptionnelles, lorsqu’il était tout à fait impossible de prier pendant ce laps de temps, il est permis de réciter Cha’harit jusqu’à la mi-journée. Cependant, dans un tel cas, on bénéficie certes d’une récompense pour cette prière, mais l’on est privé du mérite d’avoir prié au moment adéquat.
Les horaires précis du lever du soleil, de la fin du temps réglementaire de Cha’harit et de la mi-journée figurent dans les calendriers juifs et on peut également les trouver sur Internet. Il faut savoir que ces horaires sont très variables, et peuvent atteindre des écarts allant jusqu’à une heure et demie entre une période et l’autre de l’année, notamment dans les pays qui observent l’heure d’été.
Vatikine
Le moment idéal pour prier Cha’harit est l’instant précis du lever du soleil, ce qu’on appelle « prier comme les Vatikine ». Lors des offices dits « des Vatikine », la prière débute environ une demi-heure après l’aube, et l’on s’efforce de commencer la Amida à l’instant exact du lever du soleil.
Les préparatifs avant la prière
Différentes coutumes et attitudes doivent être respectées au réveil, avant l’office du matin (notamment concernant la manière de se lever, la récitation des « bénédictions du matin », etc.). Ces préparatifs sont décrits en détail dans le volume de cette série intitulé : « La vie juive au quotidien ».
- Lorsque l’heure de la prière de Cha’harit est arrivée, on ne doit entreprendre aucune activité : ni travailler, ni manger, ni entamer un voyage, ni même saluer un ami en lui disant chalom. La prière doit précéder toute autre activité.
Question : J’ai passé la nuit entière à travailler sur un projet et soudain… Oups ! C’est déjà le matin ! Que dois-je faire à présent ? Dois-je d’abord prier Cha’harit et ensuite aller dormir ? Ou plutôt me reposer avant de prier ?
Réponse : Vous devez être honnête avec vous-même. Une ou deux heures de sommeil seront-elles suffisantes pour que vous puissiez prier avec la concentration requise ? Si oui, alors vous devriez vous reposer avant de faire Cha’harit. Mais si vous serez seulement plus fatigué après une courte sieste, il est préférable de prier avant d’aller au lit. Et la prochaine fois, faites attention à l’heure…
Préparation du corps et des habits
- Avant d’entamer la prière, on doit veiller à avoir le corps parfaitement propre et s’être assuré que l’on n’a pas besoin d’aller aux toilettes.
- Au moment de la prière, on doit être habillé de façon digne et convenable. On portera les habits que l’on aurait revêtus si l’on s’apprêtait à rencontrer une personne importante.
On doit veiller à prier avec une veste et en ayant sur la tête deux couvre-chefs (un chapeau et une kippa, ou une kippa et le talith recouvrant la tête pendant la prière du matin).
D’après la coutume ‘hassidique, les hommes mariés portent une ceinture spéciale pendant les prières, afin de séparer la partie supérieure du corps de la partie inférieure.
Question : Est-il permis de prier en Crocs ?
Réponse : On peut prier en portant tout type de chaussures, mais il est préférable de porter également des chaussettes.
L’ablution des mains
Avant chaque prière, il convient de se laver les mains avec de l’eau en signe de pureté et de propreté et ce, même si l’on n’a pas les mains sales. Cette pratique – appelée nétilat yadayim – est requise également en diverses autres occasions (notamment au saut du lit ou avant de manger du pain). Cependant, pour la prière, aucune bénédiction n’est récitée lors de l’ablution des mains.
Si l’on n’a pas d’eau à sa disposition, on pourra utiliser à cet effet toute autre matière nettoyante, comme des lingettes humides par exemple.
Après avoir procédé à l’ablution des mains, il est important de les maintenir propres pendant toute la durée de la prière.
Tsédaka – la charité
Quoi de mieux que de commencer sa journée par un acte de bienfaisance ?
On a la coutume de faire un don aux personnes nécessiteuses ou à des œuvres caritatives avant d’entamer la prière du matin, car c’est le moment idéal pour le faire.
Selon la tradition, des forces spirituelles hostiles cherchent à bloquer notre entrée dans le « palais » du Créateur et à entraver nos prières. Les actes de charité écartent ces forces négatives et assurent que les « portes du ciel » s’ouvrent grand devant nous.
Dans chaque synagogue, on trouve une boîte de charité où l’on peut glisser une pièce de monnaie ou un billet avant le début de l’office.
Mikvé
Un mikvé est un bassin d’eau non puisée (comme l’eau de pluie) dans lequel on s’immerge pour la purification rituelle.
Tout comme l’ablution des mains, cette immersion a pour objet de purifier le corps. Selon la coutume ‘hassidique, les hommes s’immergent dans un mikvé avant chaque prière du matin, en se plongeant dans l’eau au minimum trois fois.
Un homme qui n’a pas la possibilité de se rendre au mikvé s’efforcera d’étudier quelques passages de la Michna du traité Mikvaot.
L’immersion dans un mikvé a une caractéristique intéressante (que l’on ne retrouve pas dans l’ablution des mains), en cela qu’elle implique le corps entier. Notons d’ailleurs que les lettres du mot hébreu tévila – immersion – sont également celles du mot bitoul, qui signifie effacement et soumission. Le mikvé symbolise ainsi un état d’humilité et de soumission totale à D.ieu, ce qui constitue une manière tout à fait appropriée de se préparer à la prière !
Manger avant la prière
Il est interdit de manger ou de boire quoi que ce soit – hormis de l’eau – avant la prière du matin. Toutefois, une personne malade ou affaiblie, ou même quelqu’un qui ne pourra simplement pas prier correctement sans prendre quelque chose auparavant, aura le droit de manger un morceau de gâteau (ou tout autre aliment dont la bénédiction est « boré miné mézonot ») et de boire une tasse de café ou autre pour pouvoir prier avec la concentration requise.
Il est préférable de « manger pour prier » plutôt que de « prier pour manger » !
Étudier la Torah
Chacun de nous se souvient certainement de sa toute première prière, étant enfant. Cette prière était empreinte de sincérité, d’innocence et d’un profond sentiment de proximité avec D.ieu. Nous avions alors la sensation palpable que nous nous adressions à notre Père, le Créateur de l’univers.
Mais la routine, par nature, estompe les émotions. Avec le temps, nos prières risquent de s’enliser dans la monotonie et de perdre toute vitalité.
Pour remédier à ce problème, la solution consiste à nous « rafraichir la mémoire » et à faire renaître en nous le sentiment que nous nous apprêtons à nous tenir devant le Roi des rois, le Saint béni soit-Il. Avant de nous adresser à Lui, il convient de nous préparer pas moins que si l’on allait à la rencontre d’un roi, d’un président ou d’un éminent personnage humain.
La meilleure préparation à la prière est l’étude de la Torah, en particulier l’étude des enseignements de la ‘Hassidout. Il est recommandé d’étudier au moins un chapitre du Tanya avant la prière du matin. Cette étude nous rappellera que D.ieu Se tient près de nous à chaque instant de notre vie et nous préparera ainsi convenablement à la prière.
Après avoir étudié la Torah, il convient de consacrer quelques instants à méditer sur ce que l’on a appris. Faire œuvre d’introspection après une session d’étude de la Torah permet d’intérioriser au plan émotionnel l’information absorbée intellectuellement, afin de ressentir la proximité de D.ieu.
Quiconque s’est déjà adonné à cet exercice sait que les sentiments générés par de telles méditations se prolongent et exercent une influence sur le comportement tout au long de la journée !
Avant de nous pencher sur le sens des différentes parties de la prière, familiarisons-nous avec les « accessoires » de la prière, à savoir les téfilines (les phylactères) et le talith (le châle de prière).
