Introduction
Les Pessouké déZimra (littéralement : « les Versets de Chant ») sont un éventail de chapitres des Psaumes et d’autres sources bibliques dont le thème est la louange de D.ieu. Ces passages sont récités sur un ton mélodieux.
Les Pessouké déZimra sont une introduction à la partie principale de l’office du matin – à savoir le Chéma et la Amida – dans laquelle nous adresserons à D.ieu des requêtes pour nous-mêmes, pour notre peuple et pour le monde entier. Avant de formuler ces demandes, nous récitons des passages dans lesquels nous louons D.ieu en évoquant Son honneur, Sa grandeur, Sa puissance et Sa gloire. C’est seulement après l’avoir ainsi glorifié, que nous nous autoriserons à adresser à D.ieu nos requêtes personnelles.
Le nom de cette section possède une autre dimension. Le mot hébreu zimra provient également de la racine lézamère, qui signifie « élaguer » ou « couper ». En récitant les Pessouké déZimra, nous nous efforçons ainsi d’arracher et de supprimer les chaînes qui entravent notre cœur et nous empêchent de nous attacher à D.ieu. C’est ainsi que nous pouvons ouvrir une fenêtre pour recevoir la sainte influence de notre Père Céleste.
- Il faut réciter les Pessouké déZimra posément, sereinement et non à la hâte. Chaque mot de ces psaumes est aussi précieux qu’un diamant. Chaque lettre est une véritable perle devant laquelle nous nous émerveillons.
Lechèm yi’houd – « Au nom de l’Unicité »
Avant d’entamer la bénédiction Baroukh Chéamar, nous lisons le passage « lechèm yi’houd », un petit texte d’inspiration kabbalistique qui constitue un préambule à l’accomplissement des mitsvot (commandements).
- On pensera à « appliquer » cette prière à toutes les mitsvot que l’on effectuera durant la journée.
Baroukh Chéamar – « Béni soit Celui qui a parlé »
Baroukh Chéamar est une bénédiction qui introduit les Pessouké déZimra. À partir du moment où on la récite, il est interdit de prononcer des paroles étrangères à la prière jusqu’à ce que l’on ait terminé la Amida.
Selon la tradition juive, cette prière fut rédigée par les hommes de la Grande Assemblée – un groupe de 120 grands Sages de l’époque du Second Temple, des hommes d’une immense vertu, parmi lesquels comptaient plusieurs prophètes. Ils sont à l’origine de nombreuses coutumes et lois relatives à la vie juive.
Dans cette prière, nous louons D.ieu pour la création du monde, nous Le remercions de tenir Ses promesses, de prendre les hommes en pitié et de leur offrir une récompense pour leurs bonnes actions.
Nous exprimons également notre conviction absolue que D.ieu « vit pour toujours et existe éternellement ». Il ne s’est pas contenté de créer le monde pour ensuite l’abandonner, comme le croient à tort les autres nations. Au contraire, Il est « vivant », c’est-à-dire toujours présent parmi nous et impliqué dans les moindres détails de notre vie, exerçant Sa « Providence particulière » (hachga’ha pratit) sur chacune de Ses créatures.
Comme nous l’avons mentionné, les Pessouké déZimra constituent un préambule aux requêtes personnelles que nous formulerons dans la suite de la prière. C’est pourquoi ces chapitres sont encadrés de deux bénédictions : ils sont introduits par Baroukh Chéamar, bénédiction qui s’achève par : « Béni sois-Tu Éternel, Roi glorifié par les louanges » – et ils se concluent avec la bénédiction : « Béni sois-Tu Éternel […] Roi Unique, Vie de tous les mondes. »
- Baroukh Chéamar doit être récité debout.
- Avant de commencer Baroukh Chéamar, on saisit les deux tsitsit (franges) avant du talith. Durant toute la bénédiction, on les tient dans la main gauche (ou dans la main droite, selon
la coutume séfarade), en les faisant passer une première fois entre l’auriculaire et l’annulaire, puis à nouveau entre le majeur et l’index et on laisse pendre la majorité de leur longueur entre l’index et le pouce.
- Après la conclusion de la bénédiction, on fait passer les tsitsit sur les yeux, on les embrasse, puis on les relâche.
Mizmor létoda – « Cantique de remerciement »
Après Baroukh Chéamar, on récite le psaume « Mizmor létoda – Cantique de remerciement ». Comme son nom l’indique, ce passage est une expression de gratitude envers D.ieu. Il doit être récité debout et dans un esprit de joie.
À l’époque du Temple de Jérusalem, ceux qui avaient bénéficié d’un salut miraculeux après une épreuve apportaient une offrande de remerciement – korbane toda – comme témoignage de gratitude à D.ieu. D’après la tradition, ce psaume était récité pendant le déroulement de ce sacrifice.
Dans le même esprit, nous récitons ce psaume quotidiennement comme expression de gratitude envers D.ieu pour les miracles qu’Il opère en notre faveur à chaque instant. Notre vie est en effet jalonnée de prodiges dont nous n’avons guère conscience : le soleil qui se lève chaque matin, les végétaux qui prodiguent leurs fruits, le merveilleux fonctionnement de notre corps… Tous ces phénomènes relèvent du miracle, mais ils se dissimulent dans des apparences « naturelles », qui n’ôtent cependant rien au prodige. Cela justifie donc que nous adressions quotidiennement ce cantique de remerciement à D.ieu.
- Après Mizmor létoda, on peut continuer la prière assis.
Yehi khevod – « Que la gloire de D.ieu soit éternelle »
Le passage suivant est une compilation de versets tirés de divers Psaumes. Ces versets sont comme une introduction aux chapitres que nous réciterons ensuite, les six derniers du livre des Psaumes, qui constituent l’essentiel des Pessouké déZimra.
Dans ce texte, le nom de D.ieu est mentionné vingt-et- une fois, correspondant aux vingt-et-un versets d’Achré, le passage suivant.
BackAchré… Tehila LéDavid – « Louange de David »ground
Nous récitons à présent le Psaume 145, auquel plusieurs versets sont ajoutés au début et à la fin.
Bien que ce chapitre commence par les mots « Téhila léDavid – Louange de David », il est communément appelé Achré, au nom du verset ajouté à son début : « Achré yochvé bétékha – Heureux ceux qui résident dans Ta demeure. »
En raison de l’importance de cette prière, il est d’usage de la réciter deux fois au cours de l’office du matin (Cha’harit) et une fois dans celui de l’après-midi (Min’ha).
Les Sages enseignent d’ailleurs que quiconque récite ce passage trois fois par jour est assuré d’obtenir une place dans le Monde Futur.
Les versets de ce Psaume ont pour initiales les lettres de l’alphabet hébraïque à l’exception de la lettre noun, omise car elle symbolise la nefila, la « chute ». Néanmoins, le roi David, auteur des Psaumes, en fait mention dans le verset suivant : « L’Éternel soutient tous ceux qui chutent (noflim). »
- En récitant le verset : « Potéa’h èth yadékha oumasbia lékhol ‘haï ratsone – Tu ouvres Ta main et Tu rassasies tous les êtres vivants à volonté », on méditera au fait que D.ieu veille à la subsistance de toutes Ses créatures et pourvoie à tous leurs besoins. Il est essentiel de penser à cette idée au moment où l’on récite ce verset. Si on a omis de le faire, il faudra le répéter avec la concentration adéquate.
- Au moment où l’on dit la première moitié de ce verset – « Potéa’h èth yadékha », on touche la téfiline du bras et, en récitant la seconde moitié – « oumasbia lékhol ‘haï ratsone », on touche la téfiline de la tête. Après quoi on embrasse les doigts qui ont touché les téfilines.
- Si une personne entre dans une synagogue au moment où l’assemblée récite Achré, elle le récitera également, même si elle ne participe pas à l’office.
- À partir de cette prière, on se lève et on reste debout jusqu’à après Barékhou. Selon le rite séfarade, on peut se rasseoir au milieu de « Vayevarékh David », à l’endroit indiqué dans les livres de prière.
- Il est de coutume de donner une ou plusieurs pièces de monnaie à la charité en récitant les mots : « VéAta mochel bakol – Et Tu règnes sur tout. »
- Quand l’officiant prononce les mots : « Bénissez D.ieu… », on s’incline légèrement en avant.
- En prononçant le mot « baroukh », on s’incline plus en avant, et l’on se redresse en prononçant le Nom de D.ieu.
Psaumes 146 à 150
La récitation d’Achré est suivie par les cinq derniers chapitres du Livre des Psaumes, qui commencent tous par l’expression : « HalélouY-ah – Louange à L’Éternel. » Ces psaumes – que composa le roi David par inspiration divine – sont des louanges adressées à D.ieu dans lesquelles il exprime son amour ardent du Créateur. Ils constituent une introduction à la partie principale de la prière du matin, à savoir le Chéma et ses bénédictions et la prière de la Amida.
Voici un bref aperçu de ces prières, composées par le roi David au nom de toute la nation juive.
Dans le premier psaume – « Haléli nafchi – Mon âme, loue l’Éternel ! » – nous exaltons le Créateur pour Son intervention dans le monde et déclarons que seul Son soutien – à l’exclusion de tout autre pouvoir – est bénéfique.
Dans la vie quotidienne, nous employons souvent l’expression « Avec l’aide de D.ieu ». Ces mots reflètent notre conscience de la grandeur de D.ieu. De fait, le soutien que nous trouvons chez nos semblables est éphémère, et il découle rarement d’une motivation purement altruiste. À l’inverse, l’aide du Ciel est fidèle et éternelle. D.ieu soutien le riche et le pauvre de manière égale et aide les affligés tels que la veuve et l’orphelin.
Le second psaume – « Ki tov zamera – Louez l’Éternel car Il est bon » – décrit l’attention constante que D.ieu porte au monde entier. Nous Lui rendons hommage pour Sa constante supervision des affaires de Son peuple et pour Son implication permanente dans la nature et le fonctionnement du monde.
Le mot hébraïque hateva – « la nature » – a une valeur numérique identique à celle de Elo-him, l’un des Noms sacrés. Car en vérité, les lois de la nature sont comme un « code divin » : elles sont l’intermédiaire par lequel le Créateur régit l’univers. C’est donc la Providence divine qui assure leur maintien à tout moment et qui permet au monde, par l’effet de Son immense bonté, de se perpétuer jour après jour.
Avec le troisième psaume – « Halélou èth Ado-naï – Louez D.ieu depuis les Cieux » – nous continuons à glorifier D.ieu au nom de toute la création.
Ce psaume décrit comment l’univers entier « s’enthousiasme » en louant l’Éternel : depuis les anges et les créatures célestes jusqu’aux astres, au ciel et à la terre, en passant par les océans, le feu, l’air, la pluie et la neige, tous clament à l’unisson la gloire du Créateur.
Le Psalmiste relate comment les êtres humains se joignent eux aussi à cette louange : les jeunes et les vieillards, les hommes comme les femmes, les juges, les rois et tous les dirigeants de la terre élèvent leurs voix pour exalter le Créateur.
Dans le quatrième psaume – « Chirou l’Ado-naï chir ‘hadach – chantez un nouveau chant à D.ieu » – le roi David décrit, par une vision prophétique, comment toute l’humanité s’unira après la Rédemption messianique. Durant cette période, le monde entier sera comme un immense Temple d’où s’élèvera un « nouveau chant » de louange au Créateur. Les ennemis de D.ieu auront été punis pour leurs mauvaises actions et l’humanité aura été raffinée et purifiée de toutes ses imperfections. Rien n’empêchera désormais la sainteté de se propager à travers le monde.
Dans le cinquième et dernier psaume – « Halélou E-l békodecho – louez D.ieu dans Son sanctuaire » – toutes les voix et les sonorités musicales s’unissent dans une prière harmonieuse, adressant à D.ieu treize expressions de louange, évoquées dans les treize HalélouY-ah de ce psaume.
Ce cantique énumère divers instruments de musique (dont certains nous sont aujourd’hui inconnus) qui témoignent, dans un flot d’émotions, du désir ardent de toute la création de se rapprocher du Créateur. L’univers entier s’unit pour accepter la souveraineté du Saint béni soit-Il, comme le conclut ce psaume : « Toute âme louera D.ieu, HalélouY-ah ! »
À la suite de ces chapitres, nous évoquons une brève prière composée à partir de différents versets des Psaumes, qui commence ainsi : « Baroukh Ado-naï léolam… – Béni soit D.ieu pour toujours, amen et amen. » Nous validons ainsi tout ce que nous avons affirmé auparavant en déclarant : « Cela est bien vrai ! »
Vayevarékh David – « David bénit »
Cette prière est une compilation de versets extraits du Livre des Chroniques et du Livre de Néhémie. Dans ce passage, le roi David et le prophète Néhémie expriment leur gratitude à D.ieu, ils glorifient Sa grandeur et Sa puissance, et ils exhortent le peuple juif à Lui rendre grâce.
Après ces louanges, nous retraçons l’évolution historique de notre peuple qui vit le jour lorsque D.ieu désigna le premier patriarche pour Le servir, changeant son nom d’Abram en Abraham. Nous évoquons l’alliance que D.ieu scella avec lui en lui faisant la promesse de donner la Terre de Canaan à sa descendance. Nous rappelons Son intérêt pour la souffrance du peuple juif en Égypte, les Dix Plaies qu’Il accomplit pour l’en délivrer, la « main forte » avec laquelle Il l’en fit sortir et l’ouverture de la mer Rouge.
Cette prière nous conduit au Cantique de la Mer, le point culminant des Pessouké déZimra.
Az yachir – Le cantique de la mer
Le miracle de l’ouverture de la mer Rouge est un événement historique d’une importance capitale. Après des siècles de souffrances et de servitude, les Hébreux quittent enfin l’Égypte. Pharaon, le versatile monarque égyptien, décide de les poursuivre et de les ramener de force dans son pays. Le peuple juif se retrouve alors piégé : derrière lui, l’armée égyptienne lui interdit toute retraite, il est cerné sur ses flancs par des parois rocheuses et la mer s’étend devant lui à perte de vue.
D.ieu ordonne alors à Moïse : « Parle aux enfants d’Israël et qu’ils avancent ! » Le peuple se jette à la mer et le plus célèbre miracle de l’histoire se produit : la mer se divise en deux, les eaux s’élèvent comme des murailles de part et d’autre, ouvrant un passage de terre ferme devant les Hébreux.
Après cet événement extraordinaire, le peuple, sous la conduite de Moïse, entonne un chant de louange à D.ieu pour Le remercier de l’avoir sauvé de ses poursuivants.
Ce chant, appelé le Cantique de la Mer, est récité quotidiennement dans nos prières. Nous le prononçons dans un élan d’allégresse, comme si nous nous tenions nous-mêmes au bord de la mer Rouge en compagnie de Moïse.
Le Cantique de la Mer est tiré du Livre de l’Exode. Dans l’office de Cha’harit, il est suivi de quelques versets en araméen relatifs à l’ère messianique et aux temps futurs, lorsque D.ieu Se révélera à l’humanité de façon manifeste. Nous concluons ce passage en annonçant qu’« en ce jour-là » – au temps de la Rédemption finale – « D.ieu sera Un et Son Nom sera Un » : la foi dans l’unicité du Créateur pénétrera la conscience du monde entier.
Yichtaba’h – « Que Ton nom soit loué »
La bénédiction de Yichtaba’h clôture les Pessouké déZimra. Ce texte ne commence pas par la formulation habituelle : « Baroukh Ata – Béni sois-Tu… », comme c’est le cas des autres bénédictions, car il est considéré comme la conclusion de Baroukh Chéamar, récité au début des Pessouké déZimra.
Dans le passage de Yichtaba’h, nous louons D.ieu en mentionnant quinze attributs différents : le chant, l’éloge, la célébration, la gloire, la force, la souveraineté, l’éternité, la grandeur, la puissance, la louange, la splendeur, la sainteté, la royauté, la bénédiction et la gratitude.
Le nombre quinze revêt une importance particulière dans la tradition juive. Ainsi, dans les Psaumes, quinze chapitres successifs débutent par les mots « Cantique des Degrés » (Chir haMaalot). Ces hymnes étaient récités dans le Temple par les Lévites, lorsqu’ils se tenaient sur les quinze marches qui menaient du Parvis des Femmes au Parvis des Israélites. Ce nombre correspond également à la valeur numérique des lettres youd et hé, qui forment l’un des Noms divins.
À la fin de cette bénédiction, nous appelons D.ieu « La Vie des mondes ». Ces mots concluent remarquablement bien l’ensemble des Pessouké déZimra. En effet, après avoir évoqué la grandeur de D.ieu, Sa puissance, Sa sagesse et Son infinie bonté et après L’avoir qualifié de Créateur de l’univers, le principe dominant est que D.ieu est la Source de toute vie. Seule Sa puissance éternelle et infinie permet à l’univers d’exister et de se maintenir.
Barékhou – « Bénissez D.ieu… »
La prière de Barékhou marque le début de la section suivante de Cha’harit, « Les bénédictions du Chéma ». Cette courte bénédiction – composée de seulement deux phrases – doit être récitée en présence d’un quorum de dix hommes (minyane) lors des offices du matin et du soir, et en position debout (certains avis autorisent de la prononcer assis).
Avant d’entamer la deuxième partie de la prière du matin, nous devons marquer une halte dans le flot de nos prières et nous remémorer que nous nous tenons devant le Créateur du monde. Voilà pourquoi les bénédictions du Chéma sont introduites par la prière de Barékhou.
L’officiant invite l’assemblée à glorifier D.ieu en clamant : « Barékhou èth Ado-naï haMévorakh – Bénissez D.ieu, le Béni ! » Et l’assistance répond : « Baroukh Ado-naï haMévorakh léolam vaed – Béni soit D.ieu, qui est béni à tout jamais ! »
