Introduction
Réciter le Chéma est un précepte fondamental du judaïsme. Ce commandement biblique nous enjoint de lire ce texte deux fois par jour, le matin et le soir.
Nos maîtres enseignent qu’idéalement, on devrait chaque jour réciter le Chéma comme si c’était la toute première fois. En effet, la routine a pour effet d’ôter tout enthousiasme, nous faisant perdre de vue les choses réellement importantes. Cependant, un petit moment de recueillement peut suffire à nous « éveiller » et à ranimer nos sentiments de crainte et d’amour envers le Créateur.
De fait, tel est précisément le but des différentes « introductions à la prière » que nous avons récitées jusqu’à présent. Nous avons remercié D.ieu de nous avoir rendu notre âme au matin, après une nuit qui nous a revigorés. Nous Lui avons rendu grâce pour la surveillance continue qu’Il exerce sur l’ensemble de la création, depuis les minéraux jusqu’aux êtres humains. Nous avons évoqué l’infinie bonté avec laquelle Il donna le jour à l’univers et le fait qu’Il reproduit à chaque instant l’œuvre de la création. Nous avons également médité sur les innombrables miracles qu’Il a accomplis en notre faveur depuis l’époque de nos ancêtres et sur le fait qu’Il nous a choisis parmi tous les peuples de la terre.
En effet, sans ces différentes réflexions, nous serions bien incapables de comprendre le sens du premier commandement du Chéma : « Tu aimeras l’Éternel ton D.ieu. » En effet, l’amour est un sentiment qui se forme dans le cœur et on ne peut l’« imposer » à quiconque !
C’est donc pour susciter en nous l’amour du Créateur que la prière est ainsi échelonnée : lorsque nous méditons, même légèrement, sur les différents points évoqués, nous prenons conscience de l’immense amour qu’éprouve D.ieu à notre égard et, de la sorte, un sentiment réciproque peut naître dans notre cœur.
On doit lire le Chéma en portant sur soi le talith et les téfilines, étant donné que ce texte renferme les versets énonçant ces deux commandements.
Chéma Israël – « Écoute Israël »
Le premier verset du Chéma énonce le principe fondamental de la foi juive. C’est en proclamant ces mots qu’au fil des siècles des milliers de Juifs se sont sacrifiés par fidélité à D.ieu. Avec une abnégation et une sérénité héroïques, ces hommes et ces femmes ont offert leur vie par amour pour leur Créateur. Leur foi et leur confiance dans le Maître du monde constituent le secret de la survie du peuple juif tout au long de l’histoire.
Voici brièvement ce que nous proclamons dans ce verset :
« Écoute Israël, » – toi, Juif de chaque génération, entends et comprends que… « l’Éternel est notre D.ieu » – Il est le D.ieu de notre peuple… – « l’Éternel est Un ! » – Il est le seul et unique Maître de l’univers. Il gouverne les sept Cieux, les quatre points cardinaux et aucune force ne saurait se comparer à Lui.
Après ce verset, on ajoute une courte phrase : « Baroukh Chem kévod malkhouto leolam vaed – Béni soit le Nom de Son règne glorieux à jamais » – proclamant la Royauté éternelle du Saint, béni soit-Il.
- En récitant le premier verset du Chéma, on se couvre les yeux avec la main droite, afin que rien ne vienne perturber notre concentration. Les quatre franges du talith sont maintenues dans la main gauche.
- Il est impératif de prononcer le premier verset du Chéma avec une grande concentration, en pensant à la signification de chaque mot. Si quelqu’un l’a récité sans se concentrer, il devra le répéter convenablement.
- Si l’on pénètre dans une synagogue au moment où l’assistance récite ce verset, on devra le dire avec elle, même si l’on a déjà prié, de sorte à ne pas paraître réticent à accepter le joug de la Royauté divine.
- Le passage « Baroukh Chem kévod malkhouto… » est récité à voix basse.
Véahavta – « Tu aimeras l’Éternel »
Aussitôt après avoir proclamé « Chéma Israël », nous enchaînons avec le passage « Véahavta – Tu aimeras l’Éternel ton D.ieu… », extrait du Livre du Deutéronome. Ces versets nous enjoignent d’aimer D.ieu et de vouer notre vie au respect de Sa volonté. Nous sommes également appelés à transmettre ces préceptes aux générations futures, en éduquant nos enfants selon les valeurs de la Torah. Ce texte mentionne également le commandement des téfilines (« tu les attacheras comme signe sur ton bras… ») et celui de fixer une mézouza aux portes de nos maisons (« tu les inscriras sur les montants de tes portes »), deux pratiques qui nous rappellent notre identité juive au quotidien.
Véhaya im chamoa – « Si vous écoutez ces paroles »
Le deuxième paragraphe du Chéma – extrait lui aussi du Deutéronome – renferme une promesse et une mise en garde : si nous observons les commandements divins, D.ieu bénira le produit de nos terres, Il subviendra à nos besoins et à ceux de notre bétail et nous vivrons ainsi des jours heureux sur notre terre. Mais si nous n’y obéissons pas, nous serons punis : la pluie cessera de tomber, la terre ne donnera plus ses récoltes et nous serons exilés de notre terre. Ce châtiment nous contraindra à reconnaître l’omnipotence du Créateur et à nous repentir.
Dans ce passage, la Torah nous enjoint de nouveau d’enseigner les commandements divins à nos enfants et elle nous rappelle encore le devoir de mettre les téfilines et de fixer une mézouza à nos portes.
- Il convient de lire les trois paragraphes du Chéma à voix haute, dans un livre de prières et en veillant à prononcer chaque mot distinctement, en particulier lorsqu’un mot se termine par un son qui est le même que celui par lequel le mot suivant débute.Par exemple, pour les mots « békhol lévavékha », on ne dira pas « békholévavékha ».
- De même, il faut veiller à ne pas avaler de syllabes ouvertes. Ainsi, on ne dira pas « oukchartemotam », mais on articulera distinctement les deux vocables : « oukchartem otam », en prononçant clairement le aleph du second mot.
Pendant la lecture des deux premiers paragraphes du Chéma, on maintiendra les franges du talith dans la main gauche.
Pendant la lecture des deux premiers paragraphes, au moment où l’on prononce les mots : « oukchartam léot al yadékha » (pour le premier) et « oukchartem otam léot al yédkhem » (pour le second), on touche la téfiline de la main. Et lorsqu’on dit les mots : « véhayou létotafot beïne énékha » (dans le premier paragraphe) et « véhayou létotafot beïne énékhem » (dans le second), on touche celle de la tête. Après quoi on embrasse les doigts qui ont touché les téfilines.
Vayomer Ado-naï èl Moché – « D.ieu parla à Moïse »
Le troisième paragraphe du Chéma, extrait du Livre des Nombres, a pour thème le commandement des tsitsit, les franges suspendues aux coins des vêtements.
Les tsitsit, que nous sommes tenus de porter à longueur de journée, ont pour vocation de nous rappeler continuellement les commandements de la Torah. Au fil des siècles, cette pratique est devenue l’un des symboles forts du judaïsme.
Dans ce passage, nous mentionnons également le fait que l’Éternel nous a fait sortir d’Égypte afin que nous soyons Son peuple de prédilection et qu’Il soit notre D.ieu.
- Avant d’entamer la lecture de ce troisième paragraphe, on saisit les tsitsit également avec la main droite, en les tenant comme auparavant : on les fait passer entre l’auriculaire et l’annulaire, etc.
- Il convient d’embrasser les franges du talith à chaque fois que l’on rencontre le mot « tsitsit » dans ce texte (trois fois en tout). On les embrasse une quatrième fois à la fin de la lecture du Chéma, lorsqu’on prononce le mot emet (dans : « Ado-naï Élo-hékhem emet »).
- Chaque fois qu’on embrasse les tsitsit, l’usage veut qu’on les appose d’abord sur les yeux et qu’on les porte aux lèvres ensuite.
- Lorsqu’on prononce les mots : « Ouritem oto – Et vous le verrez », on regarde les tsitsit.
Les trois paragraphes du Chéma contiennent un total de 245 mots. Selon la tradition juive, le corps humain est composé de 248 organes. Pour faire correspondre le nombre de mots du Chéma à celui des membres du corps, on ajoute trois mots à la fin de la lecture, comme ceci :
- Si l’on prie avec la communauté, on conclut le Chéma : « Ani Ado-naï Élo-hékhem émet », puis on attend que l’officiant répète ces derniers mots. De la sorte, celui-ci acquitte l’assistance du total de 248 mots.
- Si l’on prie seul, on répète soi-même les derniers mots du Chéma : « Ani Adon-aï Élo-hékhem, Ani Adon-aï Élo- hékhem émet. » Selon d’autres coutumes (notamment séfarades), on répète les mots suivants : « Adon-aï Élo- hékhem émet. »
Émet veyatsiv – « C’est vrai et établi »
Cette bénédiction vient dans le prolongement des deux premières, récitées avant le Chéma (Yotser or et Ahavat olam). On l’appelle également « la bénédiction de la Délivrance », au nom de sa conclusion : « Béni sois-Tu, Éternel, qui a libéré Israël. »
Le premier mot de ce passage – « émet – vrai » – entraîne à sa suite seize autres adjectifs relatifs à la notion de vérité : « C’est vrai, établi, authentique, confirmé… »
Ensuite, cette prière évoque l’indéfectible fidélité de D.ieu à notre égard, l’amour intense qu’Il a manifesté à nos ancêtres lorsqu’Il les a libérés d’Égypte et le soutien permanent qu’Il apporte au peuple juif, jusque dans les moments les plus éprouvants.
Nous mentionnons à nouveau les miracles de la sortie d’Égypte et de l’ouverture de la mer Rouge et, portés par cet élan, nous proclamons à l’unisson – avec Moïse et tous les Hébreux – « Qui est comme Toi parmi les puissants, Ô Éternel ? » Puis nous mentionnons la prophétie imprescriptible annonçant que D.ieu finira par nous délivrer de notre long exil. Et nous concluons cette bénédiction ainsi : « Baroukh Ata Ado-naï gaal Israël – Béni sois-Tu, Éternel, qui a libéré Israël. »
Après avoir prononcé ces mots, il convient de commencer aussitôt la prière suivante, la Amida, sans marquer la moindre interruption, afin que l’annonce de la Délivrance soit juxtaposée au début de la prière.
