Introduction
La lecture de la Torah est l’une des plus anciennes traditions du judaïsme, puisqu’elle remonte à l’époque de Moïse. Comme son nom l’indique, elle consiste en une lecture périodique d’un passage des rouleaux de la Torah.
À l’origine, il fut instauré de lire un passage du texte biblique chaque Chabbat, chaque fête, ainsi que les lundi et jeudi. De la sorte, il ne s’écoulait jamais trois jours consécutifs sans que l’on entendît quelques versets de la Torah. Toutefois, cette lecture pouvait se résumer à un seul verset et l’on pouvait appeler une seule personne à « monter » à la Torah.
Ezra, l’un des dirigeants du peuple juif ayant vécu à l’époque du Second Temple, apporta quelques amendements à cette tradition. Il instaura notamment que trois personnes soient appelées à la Torah les lundi et jeudi, et que cette lecture se compose d’au moins dix versets.
Ainsi, le Chabbat, la lecture de la Torah est divisée en sept sections et les lundi et jeudi, en trois, comportant au moins trois versets chacune. Pour chacun de ces passages, le bedeau de la synagogue appelle un fidèle par son nom, celui-ci se présente à l’estrade centrale et il prononce une bénédiction avant et après la lecture. Au cours de celle-ci, il lit à voix basse les versets récités par le lecteur public.
Comme le fidèle appelé pour la lecture monte sur l’estrade (et à l’époque du Temple, il montait sur une petite tribune en bois), les différents passages lus à la Torah sont communément appelés des « montées » (aliya en hébreu).
Dans le temps, l’usage voulait que chaque fidèle appelé à la Torah lise lui-même le passage en question. Mais au fil des années, les personnes sachant lire dans les rouleaux de la Torah – dans lesquels ne figurent ni ponctuation, ni aucun signe diacritique – allèrent en diminuant. C’est pourquoi on instaura que la lecture à voix haute soit assurée par un lecteur compétent, pendant que le fidèle appelé se contente de réciter les versets à voix basse.
Avant la lecture dans le rite séfarade et après celle-ci dans les rites ashkénaze et ‘hassidique, on soulève les rouleaux de la Torah pour les montrer à toute l’assistance. Après quoi on les referme et on les replace dans l’Arche sainte.
À l’instar du Kaddich et de la Kédoucha, la lecture de la Torah ne peut être effectuée que lors d’un office public.
Les étapes de la lecture de la Torah
L’ouverture de l’Arche sainte
L’ouverture de l’Arche sainte
L’un des fidèles est désigné pour ouvrir l’Arche sainte et en sortir les rouleaux de la Torah. Ce sera également lui qui remettra le Séfer Torah en place après la lecture.
- Le rideau de l’Arche sainte doit être ouvert de la droite vers la gauche.
- Tous les fidèles doivent se tenir debout depuis le moment où l’on ouvre l’Arche et où l’on en sort le Séfer Torah, jusqu’à ce que celui-ci soit déposé sur l’estrade.
- Au moment de l’ouverture de l’Arche, l’assistance récite les passages « Vayehi binessoa » et « Berikh cheméh », tels qu’ils figurent dans les livres de prières.
Berikh Cheméh – « Béni soit Son Nom »
L’ouverture de l’Arche sainte est considéré comme un moment propice, où le Saint béni soit-Il est plus enclin à agréer nos prières. C’est la raison pour laquelle nous mettons cet instant à profit pour réciter une prière particulière, « Berikh cheméh », rédigée en araméen.
Dans cette prière, nous rendons grâce au Maître du monde et Lui demandons de nous prendre en pitié. Nous L’implorons également de prolonger notre vie et de nous accorder bonheur et sérénité afin que nous puissions continuer à Le servir de tout cœur. Nous ajoutons que nous ne nous en remettons qu’à Lui, le D.ieu du ciel et de la terre, car Lui et Sa Torah sont l’unique vérité éternelle.
Cette prière a été conservée dans sa langue d’origine, l’araméen, visiblement parce qu’elle était répandue à l’époque talmudique, lorsque la majorité du peuple ne maîtrisait que cette langue. Au fil des siècles, cette prière fut adoptée par l’ensemble de la nation juive.
Comme nous l’avons déjà expliqué concernant le Kaddich, la tradition enseigne que certains anges ont pour rôle de « faire monter » les prières jusqu’au Ciel. Ils vérifient minutieusement les actions et les qualités de chaque individu, et ils déterminent ensuite si ses supplications méritent d’être présentées devant le Maître du monde. Cependant, si la prière est récitée en araméen, ils ne peuvent l’empêcher de s’élever, du fait qu’ils ignorent cette langue.
Le fidèle ayant été désigné pour ouvrir l’Arche sainte tend le Séfer Torah à l’officiant (et, dans les communautés séfarades, c’est lui-même qui l’apporte jusqu’à l’estrade). L’officiant porte le Séfer Torah dans son bras droit, et il annonce : « Gadélou l’Ado-naï iti – Exaltez l’Éternel avec moi, célébrons Son Nom ensemble ! » L’assemblée répond avec les versets : « Lékha Ado-naï haguédoula… – À Toi, Éternel, sont la grandeur, la puissance… Père miséricordieux… »
L’officiant se dirige alors vers l’estrade avec le Séfer Torah et il y accède par la droite.
- Lorsque le Séfer Torah passe au milieu de l’assistance, il est d’usage d’aller l’embrasser. On encourage aussi les enfants à le faire, afin de les imprégner de l’amour de la Torah.
- La coutume veut qu’on accompagne le Séfer Torah depuis l’Arche jusqu’à l’estrade, en marque d’honneur.
Les « montées » à la Torah
Après que l’officiant a déposé le Séfer Torah sur l’estrade, le bedeau appelle des fidèles à « monter à la Torah ».
Pour la première montée, un Cohen est appelé à la Torah, puis un Lévi pour la deuxième montée. Et enfin, pour la troisième et dernière montée, on appelle un Israël (ce terme générique désigne la majorité des Juifs, qui ne sont ni Cohen ni Lévi).
Comme nous l’avons expliqué concernant la bénédiction des Cohanim, le titre de « Cohen » et de « Lévi » est un héritage qui se transmet de père en fils. Si vous savez que votre père et votre grand-père étaient Cohen ou Lévi, c’est que vous l’êtes également !
Le bedeau invite les fidèles à monter à la Torah en les appelant par leur prénom et par celui de leur père. Par exemple : « Yaamod Yossef ben Éliézer – Que monte Yossef fils d’Éliézer. » Dans certaines communautés séfarades, le bedeau ne les appelle pas par leur nom, mais il annonce simplement : « Que monte le Cohen ! Que monte le Lévi ! »
Le fidèle appelé va jusqu’à l’estrade en empruntant le plus court chemin pour s’y rendre. Ce faisant, il témoigne de l’amour qu’il porte à la Torah, puisqu’il s’efforce de ne pas perdre un seul instant pour la lire.
Question : Quand aucun Cohen n’est présent à la synagogue, qui doit-on appeler pour la première montée ?
Réponse : On peut appeler un Lévi à la place du Cohen, et s’il n’y a pas non plus de Lévi, on appelle alors un Israël. Dans pareil cas, on appelle le Lévi selon cette formule : « Que monte Yossef fils d’Éliézer, Lévi à la place du Cohen », ou : « Que monte Yossef fils d’Éliézer, Israël à la place du Cohen. » Pour les montées suivantes, on peut seulement appeler un Israël.
Les « obligations »
Comme nous l’avons vu, les deux premières montées sont d’emblée réservées au Cohen et au Lévi. On peut donc appeler pour la troisième montée n’importe quel Israël. Cependant, il arrive que certains fidèles aient une « obligation » – c’est- à-dire une circonstance particulière – justifiant qu’ils soient appelés à la Torah.
Lors de ces circonstances, il est vivement recommandé pour le fidèle de monter à la Torah, pour autant que la chose soit possible. Voici donc ces différentes « obligations » :
- Un marié, le jour de ses noces.
- Un bar mitsva, le jour où il entre dans sa majorité religieuse.
- Un sandak (c’est-à-dire celui qui porte le nourrisson), le jour d’une circoncision.
- Le père d’un enfant que l’on circoncit le jour même.
- Une personne qui commémore la disparition de son père ou de sa mère, le jour anniversaire du décès.
- Celui qui a bénéficié du salut divin en étant sauvé d’un danger, et qui doit de ce fait réciter la bénédiction Hagomel.
- Une personne qui célèbre la date hébraïque de son anniversaire.
- Un endeuillé, pendant l’année suivant le décès de l’un de ses parents.
Les bénédictions
Le fidèle appelé à la Torah se place à la droite du lecteur. Celui-ci lui indique le passage qu’il s’apprête à lire, afin que le fidèle sache pour quel texte il prononce sa bénédiction. Ce dernier touche avec son talith (ou avec la ceinture du Séfer Torah) le début et la fin du passage en question, puis il embrasse le tissu et il referme les rouleaux de la Torah (ou selon d’autres, il les laisse ouverts, mais ferme les yeux pendant la bénédiction).
Si on lit dans un Séfer Torah ashkénaze, le fidèle saisit les deux bâtons de bois – les atsé ‘haïm – et entame sa bénédiction. S’il s’agit d’un Séfer Torah séfarade, il pose simplement les mains sur celui-ci alors qu’il est fermé.
- Le fidèle annonce alors : « Barékhou èth Ado-naï hamévorakh – Bénissez D.ieu, le Béni », et l’assemblée répond : « Baroukh Ado-naï haMévorakh léolam vaed – Béni soit D.ieu, qui est béni à jamais. »
- Puis le fidèle enchaîne avec la bénédiction de la Torah :« Béni sois-Tu, Éternel notre D.ieu, Roi de l’univers, qui nous as choisis parmi toutes les nations et qui nous as donné Sa Torah. Béni sois-Tu, Éternel, qui donne la Torah. » Et l’assemblée répond amen.
La lecture
Après que l’assistance a fini de répondre amen, le lecteur commence à réciter les versets, en prenant soin de les lire dans le texte sacré. Pendant ce temps, le fidèle appelé à la Torah les lit lui aussi à voix basse, en suivant dans le texte.
Il faut veiller à ce qu’au moins trois personnes se tiennent sur l’estrade au moment de la lecture. Généralement, ces trois personnes sont le bedeau, le lecteur et le fidèle appelé.
Une fois la lecture achevée, le fidèle embrasse à nouveau le Séfer Torah avec son talith (ou avec la ceinture du Séfer Torah) à l’endroit où se termine le passage lu. Puis il referme les rouleaux de la Torah et il prononce la bénédiction suivante : « Béni sois-Tu, Éternel notre D.ieu, Roi de l’univers, qui nous a donné une Torah de vérité et qui a implanté en nous une vie éternelle. Béni sois-Tu, Éternel, qui donne la Torah. » Et l’assemblée répond amen.
Ensuite, le fidèle appelé reste sur l’estrade, à droite du Séfer Torah, et il ne retourne à sa place qu’à la fin de la lecture du passage suivant.
Lorsqu’il redescend de l’estrade, il doit le faire à petits pas, en empruntant le chemin le plus long jusqu’à sa place. Là encore, cette manière d’agir témoigne de l’amour qu’il porte à la Torah, en ce qu’il « ne s’empresse pas » de la quitter.
- Durant la lecture de la Torah, l’assemblée doit suivre le passage lu dans un livre.
- Il est défendu de parler du début à la fin de la lecture de la Torah.
La Hagbaha
À la fin de la lecture, le lecteur ou un endeuillé récite le demi-Kaddich, puis l’on procède à la Hagbaha : on soulève les rouleaux de la Torah pour les montrer à l’assistance.
D’après la coutume séfarade, on procède à la Hagbaha avant la lecture, juste après avoir posé le Séfer Torah sur la table de lecture.
Le fidèle qui reçoit l’honneur de faire la Hagbaha ouvre le Séfer Torah de manière à ce qu’au moins trois colonnes soient apparentes. Il le soulève et pivote sur lui-même, à droite et à gauche, afin de montrer le texte sacré à toute l’assistance.
Au moment de la Hagbaha, l’assemblée récite à voix haute ces versets : « Vézot haTorah… – Voici la Torah que Moïse exposa devant les enfants d’Israël… Elle est un arbre de vie… », tels qu’ils figurent dans les livres de prières.
- L’assemblée s’efforce de voir l’écriture du texte pendant la Hagbaha.
La Guelila
Après avoir procédé à la Hagbaha, le Séfer Torah est reposé sur l’estrade. On le referme de manière à ce qu’une couture reliant deux parchemins soit placée entre les deux rouleaux. De la sorte, si jamais le Séfer Torah venait à être tiraillé, il y a plus de chance que la couture se défasse que le parchemin ne se déchire, à D.ieu ne plaise.
Après quoi le fidèle qui a soulevé le Séfer Torah le reprend et s’assoit sur un siège réservé à cet effet, en le tenant contre lui. Un autre fidèle le rejoint et procède à la Guelila : il sangle les rouleaux de la Torah à l’aide d’une ceinture, puis il les revêt de leur manteau et de leur couronne.
- Celui qui a procédé à la Hagbaha reste assis avec le Séfer Torah jusque après le Kaddich qui suit la prière d’Ouva léTsione.
La lecture de la Torah est à présent achevée. Nous reprenons la prière avec les passages de Achré et d’Ouva léTsione. Le Séfer Torah n’est replacé dans l’Arche sainte qu’après ces prières, comme nous le verrons page 150.
