Achamnou, bagadnou – « nous avons péché, nous nous sommes rebellés… »
Après la Amida, nous récitons une série de prières visant à demander pardon à D.ieu pour tous nos péchés. Ce passage est appelé Ta’hanoun – les Supplications. Voici un bref aperçu de ces différents textes.
Achamnou, bagadnou – « nous avons péché, nous nous sommes rebellés… »
Les supplications commencent par un passage de confession (vidouï), composé de vingt-deux termes relatifs à la faute, suivant l’ordre de l’alphabet hébraïque.
Ce texte est formulé à la première personne du pluriel (« nous avons péché » et non « j’ai péché »), pour souligner que le peuple juif constitue un corps uni et indissociable. À cet égard, nous devons ressentir une responsabilité collective pour toute faute perpétrée, fut-ce par autrui.
En récitant cette confession, nous devons éprouver des regrets sincères envers toutes les formes de fautes que l’on énumère, en prenant la ferme décision de ne jamais les réitérer.
Après quoi nous ajoutons cette courte prière : « Sarnou mimitsvotékha – Nous nous sommes éloignés de Tes commandements et de Tes bons préceptes […] car Tu as agi avec vérité et nous nous sommes dévoyés. »
- En récitant le texte « Achamnou, bagadnou… », on se frappe la poitrine avec le poing droit, au niveau du cœur, pour chaque mot prononcé jusqu’à « …ta’ïnou, ti’ta’nou ».
- Dans le passage qui suit, on se frappe également la poitrine avec le poing en disant les mots sarnou et hirchanou.
Les Treize Attributs de Miséricorde
Après nous être confessés, nous récitons une prière très particulière, issue d’un récit historique relaté dans le Livre de l’Exode.
Cet épisode eut lieu après la terrible faute du veau d’or, lorsque D.ieu annonça à Moïse son intention d’anéantir le peuple hébreu. Animé d’un amour indéfectible pour ses frères et d’un sentiment de responsabilité envers son peuple, Moïse engagea alors un « débat » avec le Saint, béni soit-Il, au terme duquel il parvint à écarter la menace. Après quoi le prophète demanda à D.ieu une « garantie » par laquelle Il s’engagerait à considérer la nation juive à jamais comme le « peuple élu ». Le Créateur accéda à sa requête et offrit à Moïse un apperçu de l’immensité de Sa bienveillance et de Sa compassion et lui enseignant les treize expressions divines de miséricorde et de clémence.
Ces versets – que l’on appelle « les Treize Attributs de Miséricorde » – sont récités après une courte prière : « E-l érekh apaïm – D.ieu long à la colère… », dans laquelle nous implorons l’Éternel d’user à notre égard de Son Attribut de miséricorde, conformément au « modèle » qu’Il a révélé à Moïse.
Voici une brève explication de ces Treize Attributs :
- « Ado-naï »
- « Ado-naï » – Les deux premiers Attributs sont évoqués par le Tétragramme lui-même. Ils indiquent que le Saint béni soit-Il Se montre généreux envers l’homme aussi bien avant qu’après la faute.
- « E-l – D.ieu » – Il s’agit de l’Attribut de rigueur au sein même de la miséricorde. Il s’exprime en cela que, même lorsque D.ieu inflige un châtiment, Il le fait avec miséricorde, en tenant compte des capacités du fauteur.
- « Ra’houm – miséricordieux » – C’est l’Attribut de miséricorde proprement dit, lequel se manifeste à ceux qui la méritent.
- « Vé-‘hanoun – et clément » – La clémence divine signifie que le Saint béni soit-Il prend en pitié même ceux qui ne le méritent pas.
- « Érekh apaïm – long à la colère » – Cet Attribut accorde aux pécheurs le temps de se repentir en retardant leur châtiment.
- « Vé-rav ‘hessed – Plein de bienveillance » – Cet Attribut intervient lorsqu’un individu possède un nombre identique de mérites et de fautes. La bienveillance divine permet ainsi de faire pencher la balance du côté des mérites.
- « Vé-émet – …et de vérité » – D.ieu est fidèle à toutes Ses promesses.
- « Notser ‘hessed – Qui conserve Sa bonté pour des millénaires » – Cet Attribut représente la mémoire miséricordieuse de D.ieu. Il se souvient du mérite de nos pères et Il l’invoque en notre faveur.
- « Nossé avone – Il supporte le péché » – D.ieu passe outre les péchés commis délibérément, essentiellement sous l’effet du mauvais penchant.
- « Va-fécha – …et la rébellion » – Le Saint, béni soit-Il, pardonne également les fautes commises dans un esprit de rébellion contre Sa volonté.
- « Vé-‘hataa – …et la faute » – Cet Attribut permet d’écarter les fautes commises inconsciemment ou par inadvertance.
- « Vé-naké – …et Il absout » – Il s’agit de l’Attribut par lequel D.ieu absout et efface totalement les fautes de ceux qui se repentent sincèrement.
- Les Treize Attributs de Miséricorde sont récités par toute l’assistance en chœur et à voix haute, en pesant chaque mot.
La prière en prostration (Néfilat Apaïm)
Après avoir mentionné les Treize Attributs de Miséricorde, nous récitons le chapitre 25 des Psaumes, qui commence ainsi : « LéDavid élékha… – De David. Vers Toi, Éternel, j’élève mon âme ! »
Les initiales des versets de ce psaume suivent l’ordre de l’alphabet hébraïque. Ceux-ci véhiculent des idées proches de celles des Treize Attributs de Miséricorde. Le roi David déclare consacrer sa vie au Créateur et implore Celui-ci de lui manifester une bonté et une clémence infinies.
Avant de commencer la lecture de ce psaume, on prononce une version abrégée du vidouï (confession) : « Ra’houm vé- ‘hanoun… – Miséricordieux et clément, nous avons fauté devant Toi, prends-nous en pitié et sauve-nous ! »
- Dans cette prière, lorsqu’on prononce le mot « ‘hatanou – nous avons fauté », on se frappe la poitrine avec le poing droit.
- Ce chapitre des Psaumes est récité assis, en ayant la tête penchée et appuyée sur la main droite, de sorte qu’elle reste légèrement surélevée par rapport au niveau de la table. Cette posture s’appelle Néfilat Apaïm (prostration). Les communautés séfarades n’ont toutefois pas la coutume de prendre cette posture pendant cette prière.
- On n’adopte la position de prostration que dans une pièce où se trouve un Séfer Torah et depuis un endroit d’où l’on peut voir l’Arche sainte. Si l’on se trouve dans un endroit où il n’y a pas de Séfer Torah, on récite ce psaume assis, mais sans pencher la tête sur le bras.
Vaana’hnou lo néda – « Mais quant à nous, nous ne savons que faire… »
Après avoir récité la prière de Néfilat Apaïm, nous récitons une courte introduction, tirée du célèbre passage de « Avinou Malkénou ». Le texte qui suit celle-ci commence par les mots : « Vaana’hnou lo néda – Mais quant à nous, nous ne savons que faire… », et il conclut les supplications.
Cette prière est composée de différents versets, extraits de la Bible, dans lesquels nous implorons le Créateur de Se rappeler l’immense amour que Lui portaient les patriarches – et dont nous avons hérité – même lorsqu’Il est en colère.
Le premier verset – « Mais quant à nous, nous ne savons que faire… » – exprime l’idée suivante : après avoir prié assis, debout, prostrés, en adoptant toutes les postures qu’avait prises Moïse pour obtenir le pardon du peuple juif, nous ne savons désormais plus que faire, si ce n’est nous en remettre à la bienveillance du Créateur.
- En prononçant les mots « ma naassé », on se lève.
Le lundi et le jeudi
Dans la tradition juive, le lundi et le jeudi occupent une place particulière, car ils sont considérés comme des « jours de grâce ». Après que le peuple d’Israël commit la faute du Veau d’or, Moïse monta sur le mont Sinaï pour implorer le pardon divin. Il y monta un jeudi, y demeura quarante jours et en redescendit un lundi. Comme D.ieu accéda finalement à ses prières et pardonna la faute du Veau d’or, un caractère particulier est attaché à ces deux jours et nous les mettons à profit en récitant de nombreuses supplications.
Les supplications des lundi et jeudi sont récitées immédiatement après Néfilat Apaïm. Elles sont composées de divers textes essentiellement inspirés de versets bibliques et débutent ainsi : « VéHou Ra’houm – Et Lui, le Miséricordieux… » Dans ces prières, nous confessons nos fautes et nous implorons D.ieu de nous accorder Son pardon. Nous Lui demandons également de voir notre détresse et nos souffrances, nous déclarons que nul autre que Lui ne peut nous apporter la délivrance et que c’est en Lui seul que nous plaçons nos espoirs.
Selon la coutume ashkénaze et ‘hassidique, ces supplications se concluent avec un texte composé de trois strophes : « Chomer Israël – Gardien d’Israël… Chomer goy e’had – Gardien d’un peuple unique… Chomer goy kadoch – Gardien d’un peuple saint… » Cette prière vise à
« susciter » l’amour de D.ieu envers le peuple juif, en rappelant l’abnégation inconditionnelle des Juifs pour défendre leur foi, parfois même au prix de leur vie.
- Les supplications des lundi et jeudi sont récitées debout.
Quand ne récite-t-on pas les supplications ?
Le Chabbat, les jours de fête et lors de réjouissances particulières, on ne récite pas les supplications. Ces jours là, après la prière de la Amida, on enchaîne immédiatement avec Achré (que nous verrons plus loin).
Voici les dates du calendrier où l’on ne récite pas les supplications :
- Roch ‘Hodech – Le premier jour des mois du calendrier hébraïque. Souvent, Roch ‘Hodech se partage en deux jours et tombe également le dernier jour du mois précédent (par exemple, Roch ‘Hodech du mois de ‘Hechvan tombe à la fois le 30 Tichri – le mois précédent – et le 1er ‘Hechvan). Le cas échéant, on ne récite pas les supplications pendant ces deux jours.
- La veille de Roch Hachana, c’est-à-dire le 29 Eloul.
- Depuis la veille de Yom Kippour – le 9 Tichri – jusqu’au dernier jour de ce même mois – le 30 Tichri.
- Les huit jours de ‘Hanouka – du 25 Kislev jusqu’au 2 Tévet.
- Le nouvel an des arbres – le 15 Chevat.
- Les deux jours de fête de Pourim – les 14 et 15 Adar. Lors d’une année embolismique (qui comporte deux mois d’Adar), on ne récite pas les supplications également les 14 et 15 Adar I.
- Tout le mois de Nissan.
- Le Second Pessa’h – le 14 Iyar.
- Le 33e jour du omer – le 18 Iyar.
- Depuis le 1er Sivane jusqu’au 12 du mois.
- Le jour de Ticha Béav – le 9 Av.
- Le 15 Av.
En certaines circonstances particulières, on ne récite pas non plus les supplications :
- Dans une maison d’endeuillés, pendant toute la durée des chiva (les sept jours de deuil).
- Si un jeune marié est présent dans l’assistance, pendant les sept jours suivant le mariage.
- Dans une synagogue où doit se dérouler une circoncision. Ou encore, si le père de l’enfant, le mohel (praticien qui effectue la circoncision) ou le sandak (celui qui tient l’enfant pendant la cérémonie) sont présents dans l’assistance, même si la circoncision doit se dérouler ailleurs (pour autant qu’elle n’ait pas encore eu lieu).
- S’il doit se dérouler dans la ville une « hakhnassat Séfer Torah ». Il s’agit d’une cérémonie d’inauguration d’un Séfer Torah, pendant laquelle on écrit les dernières lettres des rouleaux de la Torah, après quoi on les accompagne jusqu’à la synagogue avec des chants et des danses.
Certaines communautés ne récitent pas les supplications les jours où un miracle particulier s’est déroulé dans leur ville.
Ainsi, les Juifs égyptiens célèbrent un « Pourim » le 28 Adar, en raison d’un miracle dont leur communauté bénéficia à cette date. Les communautés de Géorgie ne récitent pas les supplications le 8 iyar, car en ce jour, un décret imposant la fermeture de toutes les synagogues du pays avait pu être annulé.
Dans les différents courants ‘hassidiques, il est d’usage de ne pas réciter les supplications aux dates anniversaires de décès de leur Rabbi, ou encore les jours où celui-ci fut miraculeusement sauvé d’une épreuve.
Ainsi, dans le mouvement Loubavitch, on ne récite pas les supplications à ces dates :
- Le 10 Kislev – « Fête de la Délivrance » du second Admour, Rabbi Dov-Ber Chnéori.
- Les 19 et 20 Kislev – « Fête de la Délivrance » du premier Admour, Rabbi Chnéor Zalman, auteur du Tanya.
- Les 12 et 13 Tamouz – « Fête de la Délivrance » du Admour Rayatz, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn.
