Qu’est-ce que la Torah ?
Dans son sens le plus restreint, le mot ‘Torah’ désigne les cinq livres du ‘Houmash : la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. Cependant, le mot Torah, dans un sens plus large, est utilisé pour désigner l’ensemble des livres de la Torah écrite (En plus des cinq livres de la Torah, on rajoute ceux des « Les Prophètes – Néviïm » et les « Écritures – Kétouvim ». Au total 24 livres dont l’ensemble est appelé « Tanakh », mot composé par les initiales des trois parties qui le composent : Torah – Néviïm – Kétouvim) auxquels on rajoute ceux de la Torah orale (en hébreu : « Torah Chébéalpé ») qui comporte : Les commentaires sur la Torah écrite, le Midrash, la Mishna, Le Talmud et ses commentaires, les livres de loi – Halakha, le Zohar et les livres de Kabbale et de mystique, les livres de pensée juive et plein d’autres ouvrages remplissant les étagères de la bibliothèque juive de Torah.
Une vue d’ensemble de la Torah
La pyramide des livres qui constituent une bibliothèque juive commence par le Tanakh, composé de la Torah – Néviïm – Kétouvim.
La première partie du Tanakh est la Torah (au sens restreint), elle contient les cinq livres du ‘Houmash qui ont été dictés par D-ieu directement à Moïse, qui les a retranscrits.
La deuxième partie, les Livres des prophètes – Néviïm. Ils ont été écrits par un certain nombre d’hommes saints appelés prophètes en raison de l’esprit de prophétie (une inspiration divine) qui leur a été accordé. Un prophète est une personne à qui D-ieu apparaît et révèle Sa volonté et ce qui va se passer etc.
La troisième partie, les Écritures – Kétouvim. Ces textes ont été écrits par plusieurs saints qui ont également bénéficié d’une inspiration divine, mais à un niveau légèrement inférieur.
Le Tanakh est l’infrastructure, le fondement et la base principale de tout ce qui a été écrit par la suite et qui constitue le contenu d’une bibliothèque juive : le Midrash, la Mishna, le Talmud, la Kabbale et le mysticisme ainsi que les livres de loi juive.
La Mishna est un ouvrage de lois qui a été compilé dans les salles d’étude de nos Sages ; elle se compose de six sections distinctes. Le Talmud est l’ouvrage le plus central de la culture juive,
l’épine dorsale de toute la littérature judaïque et de la vie du peuple juif en général. La Halakha -la loi juive- désigne l’ensemble des ouvrages qui enseignent à un Juif comment se comporter à chaque étape de sa vie. Il s’agit d’un vaste corpus littéraire englobant tous les sujets de loi et qui ne cesse de s’enrichir au fil du temps.
Les secrets de la Torah et la Kabbale
Tous les ouvrages sacrés énumérés ci-dessus constituent ce que l’on appelle globalement la « Torah révélée – Torat Haniglé ». Ils traitent de sujets qui ont trait à notre vie dans le monde physique. Ils parlent d’objets, d’actions et d’événements qui sont tangibles et visibles au commun des mortels.
Il existe également une autre partie de la Torah, que l’on appelle la « Torah cachée – Torat Hanistar ». Cette partie de la littérature traite de sujets profonds et ésotériques. Il décrit l’âme humaine et le sens de la création, les niveaux sublimes de la Divinité et les mondes spirituels et infinis qui sont au-delà de notre perception.
- Il est important de savoir que la ‘Torah cachée’ n’est pas séparée de la ‘Torah révélée’. Elle représente plutôt le véritable sens profond et plus intérieur de celle-ci. Elle explique et élucide les nombreuses couches de sens qui se trouvent à l’intérieur de la ‘Torah révélée’.
La ‘Hassidoute
Ces deux domaines de la Torah (caché et révélé) sont reliés et centrés par la Torah de la ‘Hassidoute. Elle a été dévoilée au monde par Rabbi Israël Baal Shem Tov et a pris une forme particulière sous la direction de Rabbi Shnéour Zalmane de Liadi, le fondateur du mouvement ‘Habad.
La Torah de la ‘Hassidoute parle de concepts mystiques mais elle les présente d’une manière telle que même une personne ordinaire est capable de les comprendre. De plus, elle guide l’homme en lui apprenant comment traduire les idées sublimes du domaine mystique en actions pratiques dans le monde matériel.
L’importance de l’étude de la Torah
L’étude de la Torah est l’une des Mitsvotes les plus importantes qui soit. Nos Sages nous enseignent qu’elle est ‘équivalente’ à tous les autres commandements, ce qui signifie que si nous devions placer le commandement de l’étude de la Torah d’un côté d’une balance et les 612 autres Mitsvotes de l’autre côté, la balance serait équilibrée.
Pourquoi est-elle si importante ?
Afin de savoir quoi faire
Avant tout, la Torah est un guide complet du Judaïsme. C’est elle qui enseigne à chaque Juif comment accomplir les commandements de la Torah et toutes les ordonnances rabbiniques établies au cours des générations. Aucun commandement ou coutume ne peut être observé sans une étude préalable de la manière dont il doit être pratiqué. (Avez-vous déjà vu un médecin pratiquer une opération sans avoir appris au préalable comment la faire ?).
Une connexion ‘complète’ avec D-ieu
Deuxièmement, l’étude de la Torah nous relie à D-ieu de manière beaucoup plus puissante que les autres Mitsvotes.
Prenons par exemple la Mitsva des Téfilines. Nos Téfilines et notre bras sont deux entités distinctes, et lorsque les Téfilines sont placés sur le bras, nous créons un lien entre les deux. Cependant, le Téfilines et le bras ne deviennent pas une seule unité ; ils restent deux choses distinctes qui sont entrées en contact l’une avec l’autre.
Que se passe-t-il lorsque nous nous engageons dans l’étude de la Torah ? Lorsque nous nous plongeons dans l’étude, notre intellect – qui est une partie inséparable de l’âme – ‘s’empare’ de la matière que nous étudions et se concentre exclusivement sur elle. Plus que cela, lorsque l’intellect se concentre sur l’étude de la Torah, il est juste de dire que le texte lui-même ‘s’empare’ de notre esprit. À tel point que si quelqu’un venait nous poser une question sans rapport avec ce que l’on apprend, on devrait ‘détacher’ notre esprit de l’objet de notre étude afin de laisser de la place pour se concentrer sur la question.
La Torah est en fait la sagesse de D-ieu lui-même. D-ieu se ‘trouve’ dans le texte de la Torah, et lorsque nous étudions Sa Torah, notre esprit ‘s’empare’ de D-ieu et D-ieu s’empare de notre esprit. Nos cellules de matière grise sont enveloppées par D-ieu et l’enveloppent également ; de sorte que lorsque nous étudions la Torah, nous nous trouvons dans l’état le plus sublime et le plus saint qui soit, un état de connexion totale avec le Créateur de l’univers !
« Car elles sont notre vie »
La littérature de la Torah regorge d’un nombre de citations incalculable sur l’importance considérable de l’étude de la Torah.
L’un des exemples les plus remarquables est la phrase que nous récitons chaque soir pendant le service de prière d’Arvite : « Car elles [les paroles de la Torah] sont notre vie et la longueur de nos jours ». La Torah n’est pas simplement un sujet ‘parmi d’autres’ que nous étudions durant les pauses ou quand il y a un peu de temps libre ; elle est l’essence même de nos vies.
Le gouvernement romain a un jour émis un édit interdisant aux Juifs d’étudier la Torah. Rabbi Akiva et les autres sages n’écoutèrent pas ce décret et ils continuèrent à l’étudier et à l’enseigner. Un homme du nom de Papousse ben Yéhouda rencontra un jour Rabbi Akiva et lui demanda : « Pourquoi enfreins-tu le décret du roi et mets-tu ta vie en danger ? ».
Rabbi Akiva répondit par une parabole :
Un renard se promenait un jour au bord d’une rivière lorsqu’il remarqua des poissons nageant rapidement d’un endroit à l’autre dans l’eau. « Pourquoi êtes-vous si pressés ? » leur demanda le renard, et ils répondirent qu’ils s’enfuyaient des pêcheurs qui essayaient de les attraper avec un filet.
« J’ai une idée pour vous » répondit le rusé renard : « Venez ici, sur la terre ferme, et je vous trouverai une excellente cachette dans les grottes entre les rochers ».
« Et tu es considéré comme le plus malin de tous les animaux ? » répondit le poisson avec étonnement. « Tu es le plus stupide de tous ! Nous ne pouvons survivre que dans l’eau, et pourtant tu suggères que nous montions sur la terre ferme ? Si nous avons peur pour nos vies ici dans l’eau, à plus forte raison hors de l’eau ! ».
« Nous, les Juifs, sommes comme ces poissons » conclut Rabbi Akiva. « Tu suggères que j’arrête d’apprendre la Torah pour sauver ma vie ? La Torah est notre vie, et sans elle, notre vie n’est plus une vie du tout ! ».
Se lier à notre chaine ancestrale
L’histoire du peuple juif est une incroyable histoire de survie. Nous sommes une petite nation qui a été exilée de sa terre et dispersée dans le monde entier. Les nations du monde ont nourri de la haine et de l’animosité à notre égard au fil des générations ; elles ont comploté contre nous, nous ont opprimés et ont cherché à nous détruire. Malgré cela, la nation juive a maintenu avec détermination son caractère unique, contre toute attente. Miraculeusement, malgré les nombreuses souffrances et tribulations que nous avons subies, le peuple juif est la seule nation qui a continué d’exister à travers les années, regardant les empires puissants s’élever et tomber les uns après les autres.
L’un des secrets de la magie du peuple juif est lié à l’histoire de la naissance de notre nation. La nation juive n’est en aucun cas une nation comme les autres. Notre nation a été créée lorsque la Torah a été donnée, et la Torah est le cœur de notre peuple et le centre de notre existence.
L’étude de la Torah est le moyen par lequel nous devenons un maillon de la chaîne des générations qui s’étend à travers les âges. Chaque père enseigne la Torah à ses enfants, la transmettant comme il l’a reçue de ses ancêtres. Chaque enseignant ou rabbin transmet la Torah à ses élèves, comme il l’a reçue de ses maîtres. Et ainsi, de génération en génération, cette merveilleuse chaîne continue, perpétuant la connaissance de la Torah et l’existence de notre peuple pendant des siècles. Même dans les périodes de persécution les plus difficiles et les plus terribles que le peuple juif a endurées, son étude de la Torah n’a jamais cessé.
Lorsqu’un père transmet la tradition à ses enfants, et lorsqu’un maître la transmet à ses élèves, c’est cela qui assure la pérennité du peuple juif. Chaque enfant juif commence à apprendre les versets de la Torah dès qu’il apprend à lire, avant même de se familiariser avec le monde qui l’entoure, et passe ensuite à la Mishna et au Talmud. L’enfant est ainsi introduit dans le cycle de la vie juive et reçoit la vaste lumière dont la Torah est imprégnée. On lui apprend à apprécier la Torah au point qu’il est prêt à faire n’importe quel sacrifice pour elle. Lorsqu’il sera plus âgé, il fera entrer ses propres enfants dans cette chaîne de tradition, et le cycle se poursuivra ainsi.
Ainsi, lorsqu’un Juif s’engage dans l’étude de la Torah, il fait partie de l’extraordinaire chaîne sacrée qui a commencé avec la révélation divine au mont Sinaï.
Les règles de l’étude de la Torah
Qui doit étudier et quand ?
Le commandement de l’étude de la Torah s’applique à chaque Juif, à tout âge et à tout niveau intellectuel. Il s’applique à l’homme le plus riche, même s’il est débordé par ses affaires, et à l’homme le plus pauvre, même s’il est très occupé à essayer de gagner sa vie. Il s’applique aussi bien aux personnes en bonne santé qu’aux malades.
D’un point de vue fondamental, chaque Juif est tenu de s’engager dans l’étude de la Torah jour et nuit, selon le verset qui dit : « Tu l’étudieras jour et nuit ». (Bien sûr, cela ne signifie pas que nous devons jeûner ou dormir seulement une heure par nuit ; le verset signifie simplement que chaque fois qu’une personne a le temps d’apprendre la Torah, elle doit le faire).
Pour cette raison, quelqu’un qui n’a pas besoin de s’impliquer dans des efforts pour gagner sa vie (comme une personne à la retraite, l’héritier d’une fortune ou même un gagnant de la loterie etc.) est obligé d’apprendre la Torah pendant chaque moment libre dont il dispose.
La plupart des gens, cependant, doivent passer une grande partie de temps à subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. Néanmoins, ces personnes sont tenues d’établir des horaires fixes pour l’étude de la Torah chaque jour, à la fois le matin et le soir. La loi juive appelle cela ‘fixer des temps d’étude’.
- Une personne peut s’engager dans l’étude de la Torah même en conduisant une voiture. On peut écouter des conférences de Torah sur CD ou sur une chaine de radio religieuse. On peut même répéter des passages par cœur : des extraits de nos prières, des Psaumes, des versets de la Torah, de la Mishna, du Tanya etc. Non seulement une personne qui fait cela est considérée comme ayant accompli une Mitsva, mais l’endroit où elle étudie la Torah est considéré comme purifié et elle-même est sanctifiée par cette action.
Que doit-on étudier ?
Parce que la Torah est très vaste et qu’il existe de nombreux sujets qu’il est important d’étudier, il est conseillé de diviser son temps afin d’apprendre un peu d’un sujet différent à chaque session d’étude.
Lorsque le temps est compté, il est préférable d’étudier les ouvrages de loi juive – halakha afin de connaître le comportement adéquat d’un Juif au cours de sa vie quotidienne.
Les femmes et les jeunes filles
Si, dans le passé, il était rarement considéré comme acceptable pour les femmes de s’engager dans l’étude de la Torah, en dehors des lois qu’elles devaient connaître pour observer les commandements qui les concernaient, la situation a changé aujourd’hui. Les femmes sont en mesure d’étudier la Torah aujourd’hui et elles doivent le faire, mais leur obligation n’est pas la même que celle d’un homme d’étudier la Torah ‘jour et nuit’.
Pour plus d’informations sur l’étude de la Torah pour les femmes, voir notre ouvrage : « Yahadoutone – La vie d’une femme juive ».
Les enfants
Nous sommes non seulement obligés d’étudier la Torah pour nous-mêmes, mais nous sommes également tenus de l’enseigner à nos enfants. La Torah ordonne à chaque père d’enseigner la Torah à son enfant dès que celui-ci commence à parler.
À partir de cet âge, le père doit enseigner la Torah à son enfant progressivement, en fonction du niveau intellectuel et du développement de l’enfant à chaque âge. L’enfant doit d’abord apprendre le verset « Moïse nous a prescrit la Torah, c’est héritage de la communauté de Jacob », puis le premier verset du Shéma Israël : « Écoute, Israël, L’Éternel notre D-ieu, l’Éternel est Un ». Le père doit continuer lentement à enseigner à son enfant de plus en plus de Torah au fil du temps.
Avant cet âge, dès la naissance (et même dans le ventre de sa mère), il est très bien qu’un nourrisson (ou un fœtus fécondé) soit amené dans un endroit où l’on peut entendre des paroles Torah, même s’il ne comprend rien. Les mots de la Torah ont un pouvoir extraordinaire pour avoir une influence spirituelle sur un enfant, même si cela ne se voit pas.
Comment apprendre
Nos Sages nous ont enseigné plusieurs règles et lois pour l’étude de la Torah. Elles peuvent être divisées en deux catégories : 1) les règles qui découlent de la sainteté de la Torah, et 2) les règles qui servent de conseils pour un apprentissage de qualité et une amélioration de notre mémoire des sujets étudiés, ce sont des points liés à l’accomplissement de la Mitsva de l’étude de la Torah elle-même.
Voici quelques-unes des règles de l’étude de la Torah.
La sainteté de la Torah
- Avant de commencer à étudier la Torah, il faut réciter les bénédictions sur la Torah – Birkote HaTorah (Ces bénédictions sont généralement récitées au début de la journée, en même temps que les autres bénédictions du matin ; voir plus haut page 30).
- La Torah doit être étudiée avec beaucoup de respect ainsi qu’un léger sentiment de peur et de crainte de D-ieu car Il ‘se trouve’ dans la Torah. En même temps, l’étude de la Torah doit s’accompagner d’un grand plaisir et d’une grande joie à l’égard de la Mitsva et de l’opportunité qu’elle offre de se connecter à D-ieu.
- Il est préférable d’apprendre la Torah dans une maison d’étude – Beit Hamidrash qui est un endroit réservé à cet effet, ou au moins dans une synagogue. Il est aussi possible, bien sûr, de s’adonner à l’étude de la Torah chez soi ou ailleurs.
- On ne doit pas étudier la Torah (ni prier ou dire des bénédictions) dans des endroits où il y a de la saleté ou des odeurs nauséabondes. Cela constitue un manque de respect envers la Torah.
- Une personne qui s’engage dans l’étude de la Torah doit comprendre ce qu’elle apprend ; sinon ce n’est pas considéré comme de l’étude. Néanmoins, en ce qui concerne la Torah écrite (Tanakh) et les ouvrages mystiques (tels que le Zohar et le Tanya), même la simple lecture sans comprendre est considérée comme un accomplissement de la Mitsva d’étude de la Torah.
Conseils pour se souvenir de l’étude
Il arrive parfois que nous apprenions quelque chose et qu’après un instant, le sujet étudié soit tout simplement sorti de notre tête. La tradition juive nous enseigne quelques ‘secrets du métier’ qui peuvent nous aider à nous souvenir de ce que nous avons appris.
- On doit étudier à haute voix.
- On doit revoir son étude plusieurs fois.
- Un livre sacré ne doit pas être laissé ouvert lorsqu’il n’est pas utilisé. Si vous devez sortir un instant pour passer un appel téléphonique, fermez le livre jusqu’à votre retour.
- Étudier en ‘Havrouta (avec une autre personne), en discutant et en réfléchissant ensemble. Le ‘tourbillon des esprits’ permet de mieux se souvenir de ce que l’on a appris et c’est aussi un moyen extraordinaire pour atteindre une compréhension profonde et fondamentale du sujet étudié.
