La « Méguilate Esther »
La Méguilate Esther (le Livre d’Esther) est l’une des cinq Méguilotes (pluriel de Méguila) incluses dans le Tanakh (les 24 livres de la Torah écrite). Elle contient l’histoire du miracle ayant provoqué le sauvetage du peuple d’Israël au temps de Mordékhaï et Esther.
Sa lecture à Pourim est l’une des manières par lesquelles nous exprimons notre gratitude au Créateur du monde et notre conscience claire que tout ce qui s’est passé à cette époque est, de manière cachée, le résultat de l’intervention de la ‘Main Divine’ qui engendra -de façon apparemment naturelle- l’annulation du terrible décret d’extermination. De même, cette lecture nous permet de transmettre aux générations à venir l’histoire de ce miracle.
Il est intéressant de mentionner que la Méguilate Esther est pratiquement le seul livre du Tanakh dans lequel n’apparait pas le Nom de D-ieu, même pas une fois !
La raison en est que, étant donné que la Méguila fut retranscrite dans le livre des annales du royaume perse dont la population était entièrement idolâtre, Mordékhaï et Esther ne voulurent pas y écrire le Nom Divin, de peur que les perses le traduisent avec celui d’une de leurs divinités païennes.
Un approfondissement du texte nous apporte un détail surprenant :
En tant que telle, l’histoire de pourim n’est pas miraculeuse du tout. Hamane Harasha n’a pas été tué de façon surnaturelle et les habitants de la ville de Suse n’ont pas eu à subir dix plaies célestes comme au temps de Pessa’h. l’histoire de ce sauvetage du peuple juif découle à priori d’un enchainement de circonstances tout à fait naturelles, liées à des imbroglios politiques dans la cour du palais royal et aux caprices d’un roi aux pleins pouvoirs : A’hashvérosh.
Et c’est justement en cela que se trouve le message du Livre d’Esther : Un miracle n’est pas seulement un évènement qui sort des lois de la nature. Même notre vie quotidienne bienheureuse, les réussites que nous imputons à nos capacités personnelles ou à de la chance, les enfants en bonne santé que nous avons, ne sont que des miracles ! C’est seulement la manière logique dont les évènements se produisent qui nous induit dans l’erreur de croire que notre quotidien aille naturellement de soi.
Il nous suffit simplement d’ouvrir les yeux et de réfléchir un peu pour comprendre à quel point nous sommes entourés de miracles. Nous pourrons alors les apprécier à leur juste valeur et remercier le Créateur pour toutes les bontés extraordinaires qu’Il nous a octroyées.
C’est la raison pour laquelle la Méguila est appelée « Méguilate Esther ». C’est une allusion au fait qu’elle nous dévoile (« Mégualé », comme Méguila) le Nom de Dieu qui est caché (« Nistar », comme Esther) à travers nos vies quotidiennes.
En quoi est faite la Méguila ?
Une Méguilate Esther cashère doit être écrite sur des feuilles de parchemin produites à partir de la peau de bêtes cashères.
Elle est écrite par un scribe, en hébreu un « Sofère Stame » (le mot « Stame » correspond aux initiales de Séfère Torah, Téfilines et Mézouzotes). Celui-ci utilise une encre préparée selon une recette très ancienne et un ‘stylo’ particulier appelé « Koulmousse » qui est fait avec une plume d’oiseau.
- Il y a aujourd’hui de très nombreuses « Méguilotes Esther » imprimées sur du papier normal, qui sont utilisées pour suivre la lecture de la Méguila. Il n’y a aucun problème à écouter la Méguila en la suivant sur de tels livres tant qu’on l’écoute d’un officiant qui la lit uniquement sur une Méguila cashère en parchemin. S’il arrivait que vous n’entendiez pas un des mots prononcés par le lecteur, vous pourrez le compléter en le lisant sur votre livre imprimé afin de ne rien manquer du texte. Rattraper plusieurs mots manqués est possible aussi.
Où la lit-on ?
Il est très préférable, et c’est le summum de la Mitsva, de faire la lecture de la Méguila en présence d’une grande assemblée, à la synagogue.
- Il n’est pas obligatoire d’écouter la Méguila en présence d’un Myniane (quorum de 10 hommes adultes). Par conséquent, une personne ne pouvant pas se rendre à la synagogue pourra la lire (ou la faire lire par quelqu’un) à la maison dans une Méguila cashère, et rendre ainsi quittes de leur obligation les gens présents.
Quand la lit-on ?
Dans la grande majorité des villes d’Israël et du monde entier, on lit la Méguilate Esther deux fois : une fois la nuit après la prière du soir, et une deuxième fois le jour durant la prière du matin. Certaines communautés la lisent quatre fois (nous en parlons par la suite).
La nuit, on lit la Méguila après le temps de la sortie des étoiles (Tsète Hakokhavim) et la prière du soir (Arvite). On peut remplir cette première obligation jusqu’à l’aube.
Le jour, on lit la Méguila après la « Amida » de la prière du matin (Sha’harite). On peut la lire depuis l’heure du lever du soleil durant toute la journée jusqu’au coucher du soleil.
Qui doit l’écouter ?
Les hommes, les femmes et les enfants -filles et garçons- sont tous tenus d’écouter la lecture de la Méguila.
Bien qu’en général les femmes soient dispensées des Mitsvotes qui dépendent du temps (comme par exemple la Mitsva du Tsitsite dont l’obligation est le jour et pas la nuit ; le fait de résider dans la Soucca car cette obligation n’a lieu que durant la fête de Souccote, etc.), elles sont quand même obligées d’écouter la lecture de la Méguila pour deux raisons principales :
- Parce que la reine Esther a occupé un rôle central dans le miracle de la fête de Pourim et le sauvetage du peuple juif de l’extermination.
- Parce que le décret d’Hamane visait à « détruire, tuer et perdre tous les juifs, du plus jeune au plus vieux, femmes et enfants, en un seul jour ».
Pour la même raison, il convient aussi d’éduquer les jeunes enfants en les faisant participer à l’écoute de la Méguila. Néanmoins, il ne faut pas amener d’enfants trop petits à la synagogue car ils pourraient déranger la communauté en empêchant les gens d’écouter l’entièreté de la lecture.
