L’origine du nom et la nature de ce jour
Contexte général
« Furent achevés les cieux, la terre et toutes leurs légions ». Ces mots historiques terminent le récit le plus extraordinaire de la Torah : la création du monde.
Il y a presque 6000 ans, D-ieu créa le ciel et la terre, la mer et la terre ferme, les espèces végétales, le soleil, la lune et les étoiles, toutes les créatures du monde animal et pour terminer… les premiers êtres humains : Adam et Ève.
Tout ce qui compose cette création extraordinaire fut fait en six jours de « travail » seulement. À travers elle, le Maître du monde dévoila une infime partie de Sa puissance infinie en formant des nouvelles formes de vie ex-nihilo (à partir de rien). C’est le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.
Voici un court résumé de l’histoire de la Création :
Le premier jour : D-ieu mit de l’ordre dans le tohu-bohu qui résidait et créa les cieux, la terre et la lumière. Cependant, le monde était encore totalement recouvert d’eau.
Le deuxième jour : D-ieu créa le firmament et sépara les eaux d’en-haut de celles du bas.
Le troisième jour : D-ieu dévoila le terre ferme et créa les plantes, les arbres et l’ensemble du monde végétal.
Le quatrième jour : D-ieu créa le soleil, la lune et les étoiles.
Le cinquième jour : D-ieu créa les poissons et les volatiles.
Le sixième jour : D-ieu créa toutes les autres espèces animales et termina par la couronne de la création : le premier homme.
À la fin du sixième jour D-ieu se reposa -si l’on peut dire- de l’œuvre de Sa création pendant une journée entière, Il arrêta tout travail et bénit le septième jour en lui conférant une sainteté particulière.
Le Maître du monde a destiné le septième jour au repos, à la sainteté et à l’élévation. En cette journée nous -Ses créatures aimées- pouvons apprendre à Le connaître et nous dégager en partie de notre matérialisme. Vivre – au moins un jour dans la semaine- une vie spirituelle, plus douce et plus épurée.
Tel que la Torah le mentionne dans l’œuvre de la création, nous sommes tenus de respecter le septième jour de la semaine en nous reposant et en nous abstenant de tout travail.
Quelles sont les définitions du « repos » et du « travail » ? La suite de cet ouvrage va l’expliquer en détails.
L’origine du nom « Chabbat »
Le nom « Chabbat » est l’appellation juive du septième jour de la semaine. Il apparaît pour la première fois -sous forme de numéro- à la fin de l’histoire de la création dans le livre de la Genèse – Béréshit : « D-ieu termina le septième jour le travail qu’Il avait fait. »
Dans ce même verset, la Torah utilise l’expression suivante : « Ki vo chavat – car Il se reposa de tout Son travail de création que Lui, D-ieu, avait fait. » C’est la première fois que le nom « Chabbat » apparait, il provient du verbe Lichbot qui signifie, dans le langage hébraïque du Pentateuque : s’abstenir d’une action, d’une œuvre ou d’un travail.
La nature du Chabbat
La nature concrète du Chabbat est le repos.
Le Chabbat signifie l’arrêt de D-ieu dans Son travail de la création du monde, il nous appelle constamment à sanctifier le septième jour en s’abstenant de tout travail appartenant au reste de la semaine et à la vie quotidienne, pour des raisons de sainteté et d’élévation spirituelle.
L’injonction de garder le Chabbat apparaît dans les « Dix Commandements » qui furent donnés directement par D-ieu au peuple d’Israël lors de Sa révélation au Mont Sinaï, après la sortie d’Égypte : « Souviens-toi du jour du Chabbat afin de le sanctifier. Durant six jours tu travailleras et t’occuperas de toutes tes activités, et le septième jour sera un Chabbat pour l’Éternel ton D-ieu, tu ne feras aucun travail, toi ainsi que ton fils et ta fille ».
À la suite immédiate de ces versets, la Torah nous explique le contexte du jour de repos juif : « Car durant six jours D-ieu créa le ciel et la terre, la mer et tout ce qu’elle contient, et Il se reposa le septième jour. C’est pourquoi D-ieu bénit le jour du Chabbat et Il le sanctifia. »
Le jour du Chabbat nous emplit de la conscience que le monde n’est pas à nous et que nous ne pouvons pas faire tout ce que bon nous semble, étant donné que ce monde est la sainte création de l’Éternel.
Un jour de repos
Le Chabbat interrompt la routine quotidienne ainsi que le joug et la fatigue du travail et des activités profanes de la semaine. Il nous installe dans un contexte plus exalté et plus spirituel.
Celui qui le respecte connait cette sensation extraordinaire ressentie à l’approche du Chabbat lorsqu’arrive le vendredi. Nous effectuons déjà des changements et changeons de vitesse pour passer d’un monde profane à un autre complètement différent : un monde de repos, de sérénité et de sainteté. On ferme son magasin, on arrête de travailler plus tôt et l’on met de côté ses inquiétudes et ses préoccupations, ses réflexions sur comment gagner plus d’argent et comment améliorer ses conditions de vie matérielles.
Une fois par semaine, pendant environ 25 heures, le monde extérieur s’arrête littéralement. Le business est fermé, la voiture reste au parking ; le téléphone, la radio et l’ordinateur sont éteints. Le portable va se reposer et avec lui tout le monde virtuel qui n’a pas lâché son emprise sur nous durant toutes les heures des autres journées…
Les pressions et les soucis disparaissent dans le monde de l’oubli temporaire. Nous arrêtons toute implication dans le monde physique et regardons plus vers l’intérieur en direction de la spiritualité, avec ses émotions et son mode de pensée, son intériorité et sa tranquillité.
Nous disposons de plus de temps de qualité à offrir à notre famille et nos amis (les moyens de communication virtuels ne nous permettent pratiquement plus de parler face à face) et essentiellement de plus de temps pour nous, pour notre âme.
L’âme supplémentaire
Le Talmud enseigne qu’à l’entrée du Chabbat, le corps juif est imprégné par une illumination spirituelle et une sainteté particulière appelée néshama yétira – l’âme supplémentaire. Elle permet de ressentir la sainteté et l’élévation propre au Chabbat. Si quelqu’un essayait de s’abstenir de travailler un lundi -comme si c’était Chabbat- il ne pourrait pas ressentir cette sensation si spéciale procurée par l’âme supplémentaire. Celle-ci est « invitée » dans notre corps durant tout le Chabbat mais dès qu’il se termine, elle s’en va elle aussi. En passant, c’est la raison pour laquelle nous sentons des substances odorantes à la Havdala (cérémonie de fin du Chabbat), afin de consoler notre âme de la semaine qui reste seule après le départ de l’âme supplémentaire.
« Shamor vé Zakhor – Garder et se souvenir »
La Torah se positionne de deux manières différentes par rapport au Chabbat : « Souviens-toi du jour du Chabbat afin de le sanctifier » et « Garde le Chabbat afin de le sanctifier ». Ce sont deux injonctions spécifiques.
Leur différence est simple :
Le commandement de se souvenir du Chabbat nous apprend la nécessité de faire des actions positives qui nous imprègneront de la sainteté de ce jour, comme par exemple allumer les lumières du Chabbat, faire le Kiddoush, préparer des repas particulièrement délicieux et réciter les prières spéciales du Chabbat.
L’injonction de garder le jour du Chabbat est liée à toutes les choses qui sont interdites en ce jour. Nous ‘gardons’ le Chabbat comme si on le ‘protégeait’ des influences néfastes des actions de la semaine. Nous cessons toute action de travail, de commerce et d’achat. On s’abstient même de parler de sujets profanes.
En quelque sorte, ces deux commandements se complètent. On se souvient de garder le Chabbat et le gardant bien, on se souvient de lui. Et lorsque son souvenir est bien installé dans notre conscience, il est plus facile de le garder.
Les principes de comportement du Chabbat
Nos sages de mémoire bénie, ont mis en place des codes de comportement destinés à nous permettre de mieux ressentir la sainteté du Chabbat, même aux moments où nous ne sommes pas en train de prier à la synagogue. Ces codes nous propulsent automatiquement dans une particulière ambiance Chabbatique, différente et séparée de la nature des autres jours de la semaine :
Marcher : On ne marche pas de la même manière que les autres jours. On s’abstient de faire de grands pas, de marcher vite ou de courir (à moins d’éprouver en cela un véritable délice).
Travailler : On met de côté tout ce qui est lié à un sujet de travail ainsi que les études laïques et les autres domaines d’activité ayant une connotation profane. Même si d’un point de vue technique, il n’y a pas en cela une transgression des lois du Chabbat.
Parler : On ne parle pas de la même manière qu’en semaine. On s’abstient de vains bavardages et de discussions sur des sujets profanes comme les affaires, l’économie etc…
Le Chabbat – passé, présent et futur !
Nous trouvons à de nombreuses reprises dans l’histoire juive, l’opposition féroce et la haine des ennemis d’Israël exprimées vis-à-vis du Chabbat. Nos ennemis comprenaient bien que le Chabbat n’était pas un simple jour de repos mais que son respect représentait une preuve éternelle de la Présence
Divine dans la création. Voilà qu’un peuple entier s’attachait de toutes ses forces à sa tradition ancestrale et croyait fermement dans le Créateur du monde. Il proclamait publiquement que le monde a été créé Par le Saint Béni soit-Il et sanctifiait à Son égard un jour entier de la semaine.
En dépit des décrets rigoureux, des menaces, des excommunications et des tentatives de meurtre, nos ancêtres et les ancêtres de nos ancêtres se sont battus au péril de leur vie pour garder le Chabbat. Ils savaient bien que ce jour constitue l’ancrage central auquel il fallait s’attacher et la bouée de sauvetage garante de notre survie. Et sans elle, même les autres jours de la semaine seraient des jours ‘morts’, ‘secs’ et exempts de la Présence Divine.
Les juifs n’ont jamais ressenti un sacrifice particulier en fermant leurs commerces le Chabbat, même lorsque les temps étaient difficiles. Ils comprenaient que sa transgression n’en valait pas la peine. Non seulement parce que l’argent gagné en ce jour perdrait toute valeur mais aussi parce que cela leur retirerait la bénédiction divine des jours de la semaine qui suivrait.
Le respect des lois du Chabbat est l’un des moyens principaux à partir duquel on peut expérimenter concrètement la puissance de son judaïsme. On le transmet à nos enfants et nos petits-enfants. Essayez-le chez vous !
Qu’est-ce qu’un « travail »
Lorsqu’une personne qu’on aime nous offre un cadeau précieux, nous nous efforçons de bien le protéger et de l’utiliser avec précaution et concentration afin qu’il ne s’abime pas. Le Chabbat est le cadeau le plus extraordinaire que nous ayons reçu du Créateur. Il convient donc de savoir comment le garder comme il faut.
Avant de commencer à détailler le programme des activités du Chabbat et de parler de ce qui est permis et interdit, nous allons brièvement approfondir quelques concepts liés aux différents interdits le concernant, afin de ne pas avoir à les mentionner à chaque fois qu’un d’entre eux sera impliqué.
Les lois du respect du Chabbat sont beaucoup plus nombreuses et complexes que ce nous évoquons. Néanmoins, il est impossible de ne pas en parler un minimum. C’est pourquoi, au sein de cet ouvrage, nous nous sommes efforcés de vous apporter une connaissance de base des domaines essentiels concernant son respect.
Après avoir appris les notions générales propres au respect du Chabbat, nous expliquerons en détails et selon l’ordre du déroulement de la journée, les interdits les plus fréquents que nous sommes facilement susceptibles de transgresser.
Il est important de mentionner qu’il y a de nombreuses interdictions (et permissions) concernant le Chabbat et que cet ouvrage n’en expose qu’une partie. En cas de question ou d’hésitation, il sera toujours préférable d’interroger le rabbin de la synagogue de la ville ou du quartier.
Qu’est-ce qu’un « travail » ?
La Torah nous interdit de procéder à un quelconque travail le Chabbat, comme c’est écrit : « Le septième jour sera un Chabbat pour l’Éternel ton D-ieu, tu ne feras aucun travail »
Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, le mot « travail » n’est pas lié uniquement à un effort physique. La loi nous enseigne qu’il s’agit plus globalement d’un acte créatif ou d’un montage. Par exemple, l’écriture et la cuisson d’un plat sont appelés des travaux tandis que le déplacement d’un meuble pesant à l’intérieur d’une maison au sol recouvert -par un carrelage ou du parquet- n’est pas du tout considéré comme un travail.
Nos sages de mémoire bénie, ont recensé l’ensemble des interdictions et les ont structurées en catégories différentes comprenant 39 travaux interdits qui correspondent aux 39 travaux qui furent effectués pour la construction du Tabernacle/Mishkan (un édifice somptueux fait en bois et qui servit de temple dans le désert après la sortie d’Égypte, une « maison » temporaire pour le Créateur, qui préfigura le futur Temple -Beit Hamikdash- construit plus tard en Israël par le roi Salomon).
Les travaux pour construire le Tabernacle contiennent- entre autres- des activités agricoles (à tous les stades : labourage, ensemencement jusqu’à la récolte et le battage des grains), la cuisson au feu et au four, la couture, le tissage, l’écriture, la construction, l’allumage d’un feu etc. Toutes ces activités sont considérées comme des travaux et interdits à Chabbat.
Les travaux « parent » et « dérivé »
Les 39 travaux interdits sont appelés des « travaux parents – avot mélakha ». De chaque travail parent ressort une liste nombreuse de travaux équivalents au parent car leurs actions lui ressemblent ainsi que leurs fonctions. On les appelle des « dérivés – toladot », leur interdiction est aussi rigoureuse que celle du travail parent dont elles sont dérivées.
Par exemple, le travail parent appelé « construire – boné » est défini par la construction d’un bâtiment. Hormis cela, il comprend plusieurs ramifications de travaux dérivés qui sont tous des travaux liés de manière directe ou indirecte à la construction, comme le fait de monter ou de rassembler à nouveau une structure. Par exemple le montage d’une tente fixe, le tressage d’une natte et même la coagulation du lait en fromage (parce que durant ce processus, des particules de lait se rassemblent pour former une nouvelle création).
Les détails des travaux parents et dérivés sont nombreux et complexes. Au sein de cet ouvrage nous vous présenterons seulement un aperçu de ces 39 travaux. Pour approfondir le sujet, vous pourrez consulter les nombreux livres de loi qui traitent de ce sujet.
