Le mois de la miséricorde et des demandes de pardon
Le mois d’Éloul est le douzième mois du calendrier juif qui commence au mois de Tishri et le sixième mois de l’année biblique qui commence en Nissane. Le nom de ce mois provient du mot araméen « Alal » qui signifie ‘recherche’, ce qui correspond bien à l’état d’esprit spirituel d’Éloul qui est lié à l’introspection de nos actions. Cette démarche de Téshouva (repentir, retour vers D-ieu) symbolise parfaitement ce mois, comme nous le verrons plus en détail par la suite.
La tradition juive surnomme ce mois : « ‘Hodesh Hara’hamim Véhaséli’hotes – le mois de la miséricorde et des demandes de pardon » car en Éloul nous demandons au Créateur d’être miséricordieux vis-à-vis de nos mauvaises actions durant l’année et parce que de nombreuses communautés ont l’habitude de se lever très tôt le matin et de réciter des prières spéciales appelées « Séli’hotes » où nous demandons à D-ieu de nous pardonner pour toutes les situations dans lesquelles nous nous sommes mal comportés.
Moïse sur le Mont Sinaï
Après le don de la Torah, Moïse notre maître –Moshé Rabbénou- monta une première fois sur le mont Sinaï où il resta 40 jours durant lesquels il ne mangea pas et ne but pas. Il reçut du Créateur du monde les Tables de la Loi où étaient inscrites les célèbres 10 commandements (« Assérète Hadibérotes »). Il en descendit à la date du 17 Tamouz. Entretemps, D-ieu l’avait informé que le peuple avait fauté en construisant un veau d’or. Lorsqu’il arriva, Moïse brisa les Tables de la Loi au pied de la montagne et ‘purifia’ le camp d’Israël de des fauteurs.
Ensuite, Moïse remonta sur le mont Sinaï où il resta encore 40 jours afin de d’implorer la Miséricorde Divine (Ra’hamim) pour le peuple d’Israël. Et le Rosh ‘Hodesh (1er du mois hébraïque) du mois d’Éloul, il remonta une troisième fois pour y recevoir de nouvelles Tables de la Loi. Il y resta aussi 40 jours et en redescendit à la date de Kippour (Yom Hakippourim). C’est en ce jour de Kippour qu’il apporta au peuple d’Israël
la nouvelle du pardon divin qu’il avait obtenu ainsi que les deuxièmes tables de la Loi faites en pierre sur lesquelles étaient gravées les 10 commandements.
Une fois réunies, les initiales du verset « Ani LéDodi VéDodi Li – Je suis à mon Aimé et mon Aimé est à moi » forment le mot « Éloul ». Ce verset a été écrit par le roi Salomon dans le Cantique des Cantiques, il y compare le Créateur à un être « Aimé » et qui aime. C’est une allusion à la proximité particulière du peuple d’Israël avec D-ieu au mois d’Éloul.
Ces initiales nous relient également à un autre message spirituel, présent dans ce verset, et qui concerne le service de D-ieu :
Au début, on demande à l’être humain de faire le ‘premier pas’ pour se rapprocher de D-ieu (« Ani LéDodi – Je suis à mon Aimé »). C’est seulement après qu’il a donné de soi en soumettant son inclination au mal (Yetsère Hara) pour se rapprocher de D-ieu, que la suite du verset s’applique : « VéDodi Li – Et mon Aimé est à moi », c’est-à-dire que D-ieu se rapproche de l’être humain et lui octroie une abondance de bonté et de bien.
« Le Roi est dans le champs »
Les enseignements de la ‘Hassidoute expliquent la particularité du mois d’Éloul à l’aide d’une métaphore qui représente D-ieu comme un roi. Ce roi reste dans son palais toute l’année mais une fois par an, il en sort pour ‘descendre vers le peuple’ et le ‘rencontrer dans le champ’.
À cette occasion, chacun de ses sujets et de ses citoyens peut se présenter en face du roi et lui exposer ses besoins, se répandre en demandes, dire ce qu’il a dans le cœur et même tout simplement penser à son roi aimé.
De son côté le roi donne à son peuple le sentiment qu’on peut se présenter à lui ‘les yeux dans les yeux’, qu’il les accueille avec un visage agréable et qu’il satisfait à leurs besoins avec amour et affection.
Les 40 jours durant du premier du mois d’Éloul jusqu’au jour de Kippour sont ces jours particuliers pendant lesquels le Créateur, notre Roi, ‘sort’ de Son château et ‘descend’ de son trône élevé pour de ‘rapprocher’ de nous et venir à notre rencontre. C’est la raison pour laquelle ce mois d’Éloul est si particulier, parce qu’il nous donne l’immense opportunité de demander au Créateur tout ce dont nous avons besoin, de nous repentir et de nous rapprocher de D-ieu.
« Les treize attributs de Ra’hamim »
Au mois d’Éloul se propage une énergie divine très spéciale qui est appelée en langage cabalistique : « Le dévoilement des 13 attributs de Ra’hamim (miséricorde) », elle donne à l’être humain la possibilité de se ‘rapprocher’ de D-ieu et de ressentir plus intensément des aspirations à la sainteté au fond de son cœur.
Le détail de ces 13 « Attributs de miséricorde » apparaît dans le livre biblique de « Chémote – l’Exode » qui relate un épisode palpitant et somptueux du dévoilement de
D-ieu à Moshé Rabbénou.
Le contexte de cet évènement est un dialogue intense dans lequel D-ieu demande avec ‘colère’ de détruire le peuple qui vient de faire la terrible faute du veau d’or. Cependant, avec son amour immense pour le peuple d’Israël et sa capacité impressionnante de leadership, Moïse ‘ose’ s’opposer à D-ieu et il réussit à annuler le mauvais décret. Puis il demande un engagement ferme que le peuple juif demeure éternellement le peuple choisi. Le Créateur donne alors l’opportunité rare au leader d’Israël de ‘scruter’ Ses voies et de faire connaître la grandeur de Sa bonté et de Sa bienfaisance en lui dévoilant les 13 facettes et formes de Sa miséricorde et de Sa compassion.
Ce passage est devenu une prière que nous récitons tous les matins lors de nos prières de semaine ainsi que tous les après-midis lors du moment des Séli’hotes (demandes de pardon) dont nous parlerons par la suite. Nous implorons ainsi D-ieu en lui demandant de se comporter avec Ses attributs de bonté et de miséricorde dans une démarche de repentir qu’Il nous a transmis par l’intermédiaire de Moshé Rabbénou.
Le détail des 13 attributs de la miséricorde divine est succinctement développé dans notre ouvrage : « Yahadoutone – La synagogue et les prières ».
Le mois d’Eloul correspond aussi aux initiales de la portion de verset : « … Ina Léyado Vésamti Lékha (Makom Ashère Yanousse Chama) – … de Sa main et Je te désignerai (un endroit où il se réfugiera) ». Ce verset traite du sujet des « Villes de refuge » qui étaient désignées pour accueillir un homme ayant tué son prochain involontairement. Il devait alors se réfugier dans une de ces villes afin d’être protégé de la vengeance de ceux qui voudraient lui faire du mal.
Le mois d’Éloul est lui aussi comparé à une « Ville de refuge » : durant l’année nous nous sommes mal comportés dans plusieurs domaines et l’inclination au mal (Yetsère Hara) nous ‘poursuit’ afin de nous faire fauter et nous faire chuter encore plus dans des transgressions supplémentaires. Le mois d’Éloul est le mois approprié pour fuir vers la « Ville de refuge », c’est-à-dire rentrer en profondeur dans la dévotion du repentir (Téshouva), dans notre monde intérieur, et nous investir dans l’étude de la sainte Torah afin de pouvoir se préserver du Yetsère Hara.
En ce qui concerne les réelles « Villes de refuge », le tribunal avait l’obligation de tracer des chemins et d’indiquer de manière précise la direction vers la ville de refuge la plus proche. Nous devons nous comporter de la même manière et ne pas nous suffire de notre protection dans cette ville mais aussi diffuser partout, à chaque fois que cela est possible, le fait que le mois d’Éloul est une « Ville de refuge » spirituelle où chacun doit se réfugier dans les lettres de la Torah et des prières afin de rentrer dans son monde spirituel grâce au travail de la Téshouva.
