Ouverture
Dans ce chapitre, nous allons nous familiariser avec la prière de Cha’harit. Nous allons voir quelle conduite adopter à chaque étape de l’office et découvrir la signification des diverses parties de la prière.
La prière de Cha’harit se divise en plusieurs sections :
- Les paragraphes d’introduction et les passages évoquant le service sacerdotal.
- La prière de Hodou et les Pessouké déZimra (littéralement : « Les versets de louange »).
- Le Chéma et ses bénédictions.
- La prière de la Amida (aussi appelée : Chemoné Esré – « dix-huit », d’après le nombre de ses bénédictions).
- Lors d’un office public (récité en présence d’un quorum de dix hommes), la Amida est suivie par la « répétition de l’officiant », c’est-à-dire qu’il répète cette prière à voix haute.
- Les paragraphes de ta’hanoun (supplications).
- Les lundis, jeudis, les jours de Roch ‘Hodech et en d’autres occasions particulières, on procède à la lecture de la Torah.
- Achré, Ouva léTsione et encore quelques paragraphes de conclusion.
Pour plus de détails concernant les « bénédictions du matin », récitées avant la prière, voir le volume de cette série intitulé : « La vie juive au quotidien ».
Il est essentiel de comprendre la signification des mots de la prière. On trouve sur le marché de nombreux livres de prière traduits qui permettent de connaître le sens littéral de chaque mot.
Haréni mekabel – « Je prends sur moi »
Nous commençons la prière du matin dans un esprit d’amour du prochain par cette déclaration formelle : « Je prends sur moi d’accomplir le commandement positif d’“aimer mon prochain comme moi-même”. » C’est-à-dire que nous nous engageons expressément à aimer les autres exactement comme nous nous aimons nous-mêmes.
Pourquoi ce préambule à la prière ? Parce que la plus grande satisfaction d’un père est de voir ses enfants se traiter mutuellement avec amour et bonté. Voilà pourquoi, avant de pénétrer dans le monde de la prière, nous déclarons à D.ieu, notre Père céleste, notre amour pour Ses autres enfants – nos frères juifs.
Quand on ouvre son cœur aux autres, on se connecte plus facilement avec le Créateur et les prières sont ainsi mieux acceptées. En déclarant notre amour du prochain, nous nous mettons ainsi en condition pour mériter les bénédictions divines.
Ma tovou – « Qu’elles sont belles, tes tentes ! »
Le paragraphe intitulé Ma tovou se compose de trois versets bibliques :
« Qu’elles sont belles tes tentes, Jacob, tes demeures, Israël ! »
Ce verset est issu de la bénédiction que le prophète païen Bilaam fut contraint d’accorder au peuple juif lorsque le roi de Moab l’avait engagé pour le maudire. À notre époque, ce verset sert de référence pour glorifier les synagogues et les maisons d’étude qui ont accompagné le peuple juif tout au long de ses pérégrinations.
D’une certaine manière, la synagogue se substitue dans l’exil au Temple de Jérusalem, où la Présence Divine demeurait de façon manifeste. Avec ce verset, nous exprimons notre bonheur de disposer de ce Temple miniature : « Qu’elles sont belles tes tentes, Jacob ! ».
« Quant à moi, dans Ta grande bonté, je viendrai dans Ta demeure ; je me prosternerai devant le palais de Ta sainteté, pénétré de Ta crainte. »
Par ce verset, issu du Livre des Psaumes, nous remercions le Créateur de l’immense privilège qu’Il nous a accordé de pouvoir prier dans la synagogue, Sa « résidence privée ». D.ieu nous y reçoit « tels que nous sommes », sans préparation particulière, car Il s’y trouve toujours pour nous accueillir. Notre reconnaissance, cependant, doit être accompagnée d’un profond sentiment de crainte à l’égard de la grandeur infinie du Créateur.
« Puisse la prière que je T’adresse, Éternel, intervenir en un moment propice ; D.ieu, dans Ta grande bonté, exauce-moi par Ta délivrance fidèle. »
Le dernier verset de cette série est également extrait du livre des Psaumes. Nous implorons D.ieu de faire en sorte que l’heure de nos prières soit un « moment propice », c’est-à- dire un moment où nos requêtes seront agréées et nos souhaits exaucés.
Mais, concluons-nous dans ce verset, nous sommes conscients du fait que cette demande ne peut se réaliser que par l’effet de la bonté infinie de D.ieu, parce qu’Il Se tient constamment à nos côtés.
Adone olam – « Maître de l’univers »
Le célèbre poème liturgique Adone olam – « Maître de l’univers », est un chant de louange adressé à D.ieu.
Nous déclarons que Sa grandeur dépasse toutes les limites de notre perception, nous Le glorifions en tant que Roi et Créateur du monde, qu’Il dirige à Son gré.
Nous proclamons également qu’Il est le seul D.ieu qui a été, qui est et qui sera à jamais. La nuit, en allant dormir, nous nous en remettons à Lui en Lui confiant notre âme et notre corps, convaincus qu’Il nous les restituera, au matin, intacts et revigorés.
Les Sages enseignent que si une personne récite ce passage en se concentrant sur sa signification, ses prières seront acceptées et le Satan, l’ange accusateur, ne sera pas autorisé à les écarter.
La ligature d’Isaac
Ce passage est le texte biblique de la ligature d’Isaac. Dans ce récit, notre ancêtre Abraham, le premier Juif de l’histoire, reçoit de D.ieu l’ordre d’offrir en sacrifice Isaac, son fils unique et le continuateur de son œuvre.
D.ieu avait promis à Abraham que sa descendance serait issue précisément d’Isaac. Pourtant, le patriarche n’hésite pas un instant : dans un acte de foi absolue en D.ieu et de totale abnégation, il fait monter son fils sur l’autel et se prépare à le sacrifier.
Au dernier moment, un ange apparaît à Abraham et l’empêche de réaliser le sacrifice. Il lui apprend que D.ieu le reconnaît désormais comme un « modèle d’abnégation » (messirout nefech). Depuis lors, cette qualité est devenue une valeur fondamentale dans la vie d’Abraham et elle s’est transmise à tous ses descendants à travers les générations.
Nous récitons ce passage biblique quotidiennement pour rappeler – surtout à nous-mêmes – les mérites de nos ancêtres. Cette évocation nous incite notamment à subjuguer notre mauvais penchant, en puisant dans cet événement un esprit d’abnégation.
Dans nos prières, ce passage est précédé d’un court paragraphe commençant par les mots : « Elo-hénou… – Notre D.ieu et D.ieu de nos pères… » Ce texte est comme une introduction au récit de la ligature d’Isaac dans lequel nous rappelons le serment que D.ieu fit à Abraham lors de cet épisode, lui promettant que ses descendants seraient aussi nombreux que le sable de la mer et que les étoiles du ciel.
Après ce récit biblique, nous récitons un autre passage commençant par les mots : « Ribono chel olam… – Maître de l’univers… » Dans ce texte, nous implorons D.ieu de nous traiter avec amour et bonté, de la même façon qu’Abraham L’avait aimé et vénéré, et nous citons différents versets évoquant l’amour profond qui unit D.ieu et Ses enfants, le peuple juif.
Leolam yehé adam – « Que l’homme craigne toujours D.ieu »
Cette très ancienne prière est « dédiée » aux générations de Juifs persécutés par les nations, contraints de réciter le Chéma clandestinement, dans de sombres sous-sols.
Nous vivons actuellement une ère de liberté où nous pouvons observer notre religion ouvertement, sans crainte de persécutions. Néanmoins, nous rappelons dans ce passage que nous devons craindre le Ciel même en privé, à la maison comme dans la rue.
Paragraphes supplémentaires
Ribone kol haolamim – « Maître de tous les mondes » : ce texte traite de l’insignifiance du corps et de la suprématie de l’âme.
Aval ana’hnou… Léfikhakh… – « Quant à nous… C’est pourquoi… » : ce passage décrit l’immense amour que portaient les trois Patriarches à D.ieu. En conséquence, nous aussi, leurs descendants, sommes tenus de rendre grâce au Créateur, et nous exprimons notre joie d’avoir le privilège d’appartenir à leur lignée.
Chéma Israël – « Écoute Israël »
Nous avons l’obligation de réciter le Chéma pendant le premier quart de la journée, c’est-à-dire durant les trois heures qui suivent le lever du soleil. À cette fin, les Sages insérèrent ce paragraphe au début de la prière du matin, afin que chaque Juif se rende quitte de cette obligation et qu’il récite le Chéma à l’heure adéquate.
- Si l’on sait d’avance que lorsqu’on récitera le Chéma plus tard, durant l’office de Cha’harit, cette période sera déjà écoulée, on doit le réciter maintenant intégralement, en mentionnant ses trois paragraphes : « Veahavta », « Vehaya im chamoa » et « Vayomer ».
Atah Hou – « Tu étais Le même »
Ce paragraphe conclut les différentes prières mentionnées jusqu’ici en évoquant le commandement biblique de « sanctifier le nom de D.ieu ». Celui-ci nous enjoint de nous vouer corps et âme au Saint béni soit-Il, même au prix de notre vie. C’est en vertu de ce précepte que, tout au long de l’histoire, des millions de Juifs ont accepté de se sacrifier pour la gloire du Ciel.
Nous concluons ce passage avec une bénédiction : « Béni soit Celui qui sanctifie Son Nom publiquement. »
Ata Hou Ado-naï – « Tu es D.ieu »
Ce passage supplémentaire rappelle la « préexistence » de D.ieu et Son pouvoir inégalable. C’est Lui qui a créé le ciel et la terre, et c’est Lui seul qui dirige l’univers avec une puissance incommensurable. Nous Le supplions d’accéder à toutes nos demandes et de rassembler le peuple juif dans la Terre d’Israël.
Le service sacrificiel
Comme nous l’avons déjà mentionné, nos prières se substituent en quelque sorte aux sacrifices offerts dans le Temple. Quel est le lien entre les sacrifices d’animaux et l’acte de la prière ? Nous le comprendrons mieux en approfondissant le sens de la prière.
Le Zohar décrit la prière comme « un moment de guerre ». En effet, pendant la prière, l’individu doit affronter son mauvais penchant et sa nature corporelle que la Kabbale appelle son « âme animale ». Il doit lutter pour se pénétrer de concepts spirituels abstraits afin d’éveiller en lui-même l’amour de D.ieu. Quand nous prions, nous « sacrifions » en quelque sorte notre âme animale au Créateur. De fait, le mot hébraïque korbane (sacrifice) a la même racine que kirouv, qui signifie « rapprocher ».
Au-delà de l’abattage de la bête et du brûlement des parties sur l’autel, chaque sacrifice était une profonde expérience spirituelle. La cérémonie du sacrifice s’accompagnait des chants vibrants des Lévites si émouvants que toute personne qui venait au Temple offrir un sacrifice pour expier ses fautes éprouvait de profonds élans de repentir, regrettait ses mauvaises actions et était pénétrée du désir de se « rapprocher » de D.ieu.
Nos Sages enseignent que lorsqu’une personne récite les passages bibliques relatifs aux sacrifices, elle est considérée comme ayant effectivement offert un sacrifice.
Il est donc particulièrement important d’étudier cette section de la prière pour mieux en comprendre la signification. Nos « sacrifices » seront ainsi offerts de la meilleure manière qui soit.
Afin d’étudier chaque jour des passages de la Bible, de la Michna et du Talmud, cette partie de l’office est composée de trois textes issus de ces différentes sources.
Le premier texte est extrait de la Bible, du livre des Nombres, et il commence par ces mots : « Vaydaber Ado-naï – L’Éternel parla à Moïse en disant… »
La composition des encens
Après la section des sacrifices, nous récitons celle relative aux encens (kétoret) que l’on faisait fumer quotidiennement dans le Temple.
Les encens étaient composés d’onze herbes et aromates différents et ils étaient brûlés sur l’autel deux fois par jour, matin et soir. La fumée qui s’élevait au-dessus de l’autel symbolisait l’aspiration de l’âme à s’élever vers le ciel et à se « lier » au Créateur. De plus, l’encens stimulait l’odorat – considéré comme le plus spirituel des cinq sens – et il représentait ainsi le lien le plus intense qui puisse être établi avec D.ieu.
- Il convient d’énumérer les onze ingrédients de l’encens lentement, pour s’assurer de n’en omettre aucun.
- En récitant le nom des différents ingrédients, il est d’usage de les compter avec les doigts.
Ana békoa’h – « De grâce, par la puissance de la grandeur de Ta droite »
Cette prière recèle un sens mystique profond. Elle est attribuée à Rabbi Né’hounia ben Hakana, un Sage qui vécut à l’époque de la destruction du Second Temple.
Ce poème liturgique comporte sept vers de six mots chacun. Ses quarante-deux mots correspondent ainsi aux lettres de l’un des Noms sacrés de D.ieu.
- À ce stade de l’office, après avoir récité la prière « Ribone haolamim » et avant d’entamer le chapitre de la Michna intitulé « Ézéhou mékomane », on se lève et l’on met le talith et les téfilines. Voir plus haut, p. 42.
Ézéhou mékomane – « Quel est l’emplacement des offrandes ? »
À présent, nous récitons un chapitre entier du traité Zéva’him, pour mentionner un passage de la Michna. Ce texte a été spécifiquement choisi à ce titre car, contrairement à la majorité des autres chapitres de la Michna, il ne rapporte aucune divergence d’avis entre les Sages. Or, comme il n’est rien de plus précieux au monde que la paix, ce chapitre représente notre prière pour la paix.
L’enseignement de Rabbi Ichmaël
Ce texte, extrait du Midrach « Torat Kohanim », appartient au domaine du Talmud. Il énumère les treize différentes méthodes par lesquelles les lois sont déduites des versets de la Torah.
Ces treize modes d’exégèse s’inscrivent eux-mêmes dans la tradition que Moïse reçut directement de D.ieu au mont Sinaï.
Nous concluons ce passage avec la récitation d’une courte prière : « Yéhi ratsone … – Puisse Ta volonté être, Éternel notre D.ieu et D.ieu de nos pères, que le Temple soit reconstruit rapidement, de nos jours, et accorde-nous notre part dans Ta Torah. »
Tous ces textes d’introduction peuvent être récités individuellement, même sans la présence de dix hommes. Le Kaddich, qui précède Hodou, marque le début « officiel » de la prière collective de Cha’harit, dirigée par l’officiant.
