Introduction
Des siècles durant, le noyau spirituel du judaïsme fut le Temple de Jérusalem (appelé en hébreu Beth Hamikdach). Trois fois par an, tous les Juifs se réunissaient au Temple, pour prier et servir D.ieu.
Il y a près de deux mille ans, le Temple fut détruit. Cette tragédie donna lieu à un immense gouffre spirituel et le besoin se fit alors sentir d’ériger des lieux de prière où les Juifs pourraient se rassembler, prier et étudier ensemble. C’est à cette fin que la synagogue fut créée. En hébreu, la synagogue se dit beth kenesset, littéralement « maison de l’assemblée ». Elle est aussi appelée communément shoul, un vocable yiddish également usité par de nombreux Juifs de culture séfarade.
Dans le Talmud et la tradition juive, la synagogue porte également le nom de Mikdach méate – « Temple miniature », car elle recèle une sainteté comparable à celle du Temple de Jérusalem.
Compte tenu de l’importance de la synagogue, il est de coutume de l’orner et de l’embellir avec opulence. Dans de nombreuses synagogues, on trouve ainsi de magnifiques fresques ou des bas-reliefs, représentant différents symboles du judaïsme : l’étoile de David, le candélabre du Temple, les deux Tables de la Loi ou encore les symboles des douze Tribus d’Israël. Certains monuments arborent de splendides vitraux et des lustres somptueux, qui rehaussent la majesté de ces lieux de prière.
L’Arche sainte
En pénétrant dans une synagogue, le regard est immédiatement attiré par son élément central : l’Arche sainte, appelée en hébreu Arone kodech. L’Arche représente le cœur de la synagogue, c’est d’elle qu’émane l’essentiel de sa sainteté. Elle est placée contre le mur oriental de la synagogue, et elle contient les rouleaux de la Torah.
Dans la plupart des synagogues, l’Arche est aménagée sur une petite estrade, légèrement surélevée par rapport au sol, que l’on appelle doukhan. Cette estrade est dotée de quelques marches permettant d’accéder à l’Arche, et c’est sur elle que se tiennent les Cohanim (les descendants d’Aharon) lorsqu’ils récitent leur bénédiction.
L’Arche est traditionnellement parée de divers ornements. Elle est souvent encadrée de colonnes de bois ou de marbre, où figurent des symboles juifs ou d’autres décorations.
La parokhet
Devant les portes de l’Arche est suspendu un rideau de soie ou de velours richement décoré qui porte le nom de parokhet. Cette pièce de tissu rappelle le rideau du même nom qui, dans le Temple, séparait le Sanctuaire du « Saint des saints ».
Il est d’usage de décorer la parokhet avec des broderies cousues en fils d’or et d’argent. Ces ornements peuvent représenter, par exemple, les Tables de la Loi, l’étoile de David, une couronne (symbole de la « couronne de la Torah ») ou encore reproduire des versets de la Torah.
Pendant les jours de Pénitence, une parokhet spéciale, de couleur blanche, se substitue à celle utilisée tout au long de l’année.
Le Séfer Torah
À l’intérieur de l’Arche, sont déposés les rouleaux de la Torah, appelés en hébreu Séfer Torah – le « Livre de la Loi ». Celui-ci constitue l’objet le plus sacré du judaïsme. Chaque Séfer Torah contient le texte intégral des Cinq Livres de Moïse minutieusement calligraphié à la main sur un parchemin fabriqué à partir de la peau d’un animal casher.
Un Séfer Torah ne peut être écrit que par un scribe ayant reçu une formation spéciale.
Ce scribe professionnel est appelé « sofer stam » : sofer signifie scribe en hébreu, et le terme stam est l’acronyme des mots « Séfer Torah, Téfilines, Mézouzot », les trois objets requérant ses compétences.
Le scribe écrit à l’aide d’un roseau biseauté et d’une encre noire dont la composition relève d’une formule ancestrale. L’écriture d’un Séfer Torah est régie par un ensemble de règles complexes que le scribe doit respecter scrupuleusement. Ainsi, chaque lettre doit être formée avec la plus grande précision et le partage des différentes sections de la Torah ainsi que les espaces séparant les lettres, les mots et les colonnes, doivent être conformes aux normes de la Loi juive.
Les feuilles de parchemin qui forment le Séfer Torah sont cousues les unes aux autres avec un fil confectionné à partir de nerfs d’animal casher. Lorsque le travail d’écriture est achevé, les extrémités du parchemin sont attachées à deux bâtons de bois, appelés atsé ‘haïm – littéralement : « les arbres de vie ». La Torah est enroulée autour de ces bâtons de droite à gauche, conformément au sens de la lecture hébraïque.
Dans les communautés ashkénazes, les rouleaux de la Torah sont maintenus fermés à l’aide d’une sangle de velours et recouverts d’un riche manteau de soie ou de velours. Selon la coutume séfarade, les rouleaux sont placés dans un étui confectionné en bois massif ou en métaux précieux.
Il est également de coutume d’embellir le Séfer Torah avec diverses parures. Dans de nombreuses communautés, une élégante couronne d’argent ornée de gravures et munie de clochettes est placée à son sommet. Souvent, on suspend aussi à l’avant du Séfer Torah une plaque d’argent portant diverses inscriptions ou encore une « main », c’est-à-dire une baguette d’argent dont l’extrémité forme une main avec un index tendu, que l’on utilise pour suivre le texte pendant la lecture publique de la Torah.
Le Séfer Torah est traité avec le plus grand respect : il est interdit de poser quoi que ce soit dessus, et l’on ne touche jamais son parchemin à main nue, seulement à l’aide d’un tissu ou du pan d’un talith. Il est également interdit de laisser un Séfer Torah ouvert sans raison valable.
La Bima – l’estrade centrale
Au centre de la synagogue, se dresse une plateforme surélevée, faite de bois ou de marbre. Cette plateforme est appelée bima par les Ashkénazes et téva par les Séfarades.
Dans la plupart des synagogues, la bima est entourée d’une balustrade et l’on y accède par quelques marches aménagées sur ses deux flancs. L’avant de la bima est formé par une surface plane, recouverte d’une nappe de velours ou de soie sur laquelle on pose le Séfer Torah pendant la lecture publique.
La bima peut aussi servir d’estrade où le rabbin se tient pour prononcer ses sermons ou pour communiquer des annonces communautaires.
Dans les synagogues séfarades, le ministre officiant se tient également sur la téva durant les offices.
Le mur oriental
Les places situées à l’est de la synagogue – tout au long du « mur oriental » – sont les plus honorifiques. En dépit de son nom, ce n’est pas l’est qui définit l’emplacement de ce mur, mais la direction de Jérusalem. De fait, tous les lieux de prière situés en dehors de la terre sainte sont tournés vers Israël. Aussi, en Europe, en Amérique et dans tous les pays à l’ouest d’Israël, chaque synagogue est construite en direction de l’est, de sorte que son mur oriental constitue sa partie avant. En Israël, les synagogues situées hors de Jérusalem font face à la ville sainte et, à Jérusalem même, les synagogues sont orientées vers le mont du Temple.
Comme nous l’avons vu, l’Arche Sainte est placée contre le mur oriental de la synagogue, ainsi que le pupitre de l’officiant (dans les communautés ashkénazes). C’est également là que prennent place les membres éminents de la communauté et les invités de marque.
Ezrat Nachim – la galerie des femmes
Une autre similitude rapproche la structure interne de la synagogue de celle du Temple : une séparation stricte y est maintenue entre les hommes et les femmes.
La cour du Temple était en effet divisée en plusieurs sections, appelées azarot. Deux d’entre elles étaient affectées aux hommes (l’une pour les pontifes et la seconde pour le reste du peuple), et les femmes se tenaient dans la troisième, appelée ezrat nachim – « le parvis des femmes ».
Cette ancienne tradition s’est perpétuée dans les synagogues d’aujourd’hui, où des zones distinctes sont attribuées aux hommes et aux femmes durant les offices. Cette séparation est requise afin de garantir la solennité et la dignité appropriées à la synagogue. La mixité pourrait en effet créer une atmosphère frivole, incompatible avec la sainteté de ce lieu de culte. Aussi, toutes les synagogues sont dotées d’une section réservée aux femmes, également appelée ezrat nachim.
Généralement, la galerie des femmes est située à l’arrière de la synagogue et l’on y accède par une entrée séparée. Une cloison ou un rideau assure la séparation avec la section des hommes. Dans de nombreuses synagogues, la galerie des femmes a la forme d’une mezzanine d’où elles peuvent suivre le déroulement de l’office.
Le Amoud – le pupitre de l’officiant
Dans les synagogues ashkénazes, un haut pupitre à la surface légèrement inclinée est aménagé près du mur oriental de la synagogue. Ce pupitre – appelé amoud – est utilisé par l’officiant pour y poser son livre de prières durant les offices.
Les sièges de la synagogue
En raison de son rôle prééminent dans la vie du Juif, la synagogue est comme son « domicile secondaire ». C’est pourquoi chaque fidèle possède une place qui lui est attribuée pour les offices.
Dans les synagogues ashkénazes, les sièges sont d’ordinaire disposés en rangées parallèles, faisant face au mur oriental et à l’Arche sainte. Dans les synagogues séfarades, il n’est pas rare que les sièges soient agencés en forme de U autour de l’estrade centrale.
Les bibliothèques
Chaque synagogue est pourvue d’une bibliothèque, dans laquelle sont alignés des livres de prières. Dans ces livres, appelés Sidour, on trouve les prières des différents offices, facilement repérables à l’aide d’un sommaire complet. Les bibliothèques des synagogues contiennent également des éditions du ‘Houmach ou Pentateuque, qui renferment l’ensemble des Cinq Livres de la Torah. C’est à l’aide du ‘Houmach que les fidèles suivent la lecture publique de la Torah. La plupart des synagogues possèdent également une collection d’autres livres sacrés permettant aux fidèles de s’adonner à l’étude de la Torah.
La boîte de charité
Les synagogues sont également dotées d’une boite de charité (tsédaka) dans laquelle les fidèles peuvent glisser des pièces avant les offices du matin et de l’après-midi pendant les jours ouvrables. L’argent ainsi récolté peut être utilisé à des fins diverses : couvrir les dépenses de la synagogue, soutenir des familles nécessiteuses ou contribuer à d’autres œuvres de bienfaisance.
