Le mois de hevate
Le mois de Shevate est le cinquième de l’année calendaire juive qui commence au mois de Tishri et le onzième de l’année biblique (ou Tanakhique) qui commence au mois de Nissane.
Comme les autres mois hébraïques, le nom de ce mois provient de l’exil babylonien, il signifie une « frappe » (vraisemblablement car c’est un mois d’hiver qui est ‘frappé’ par de lourdes pluies).
Voici les évènements principaux associés à ce mois :
- Un des Shabbat de ce mois est appelé le « Shabbat Shira – le Shabbat du chant (de la mer rouge) » et on a l’habitude de distribuer de la nourriture aux oiseaux.
- Le 15 du mois de Shevate, appelé « Toubishevate », est le « Nouvel an des arbres » et en ce jour, on a l’habitude de consommer les fruits des sept espèces de la terre d’Israël qui sont louangés par la Torah.
Les lettres du mois de Shevate correspondent aux initiales de l’expression : « Shénichma Béssorotes Tovotes ! – Que l’on entende de bonnes nouvelles ! ».
Contexte
Au début du traité talmudique nommé « Rosh Hashana », la Mishna mentionne quatre sortes de « jour de l’an » :
- Le premier du mois de Nissane : c’est le jour de l’an pour compter le nombre des années de règne des rois d’Israël. Cette date est le début de l’année selon le calendrier biblique (ou Tanakhique).
- Le premier du mois de Éloul : c’est le jour de l’an pour le prélèvement de la dime (Maassère) des troupeaux. Toutes les bêtes qui sont nées depuis ce jour et par la suite, sont considérées comme appartenant à l’année suivante pour effectuer le compte du prélèvement de la dime (un dixième du bétail).
- Le premier du mois de Tishri : Le jour de l’an du jugement durant lequel toutes les créatures passent devant le Créateur qui les juge et décrète leur destin pour l’année qui vient. C’est aussi le jour de l’an pour le décompte des années de repos de la terre de la « Shémita » (tous les 7 ans) et du « Yovèle » (tous les 50 ans). Et également celle du décompte des années pour les prélèvements sur les récoltes céréalières et autres.
- Le quinze du mois de Shevate – Toubishevate : « Le jour de l’an des arbres ».
Toubishevate (abréviation de : le 15 du mois de Shevate) a été institué comme le nouvel an des arbres car c’est à cette date que la majorité des pluies hivernales est tombée en Israël et que la terre est abreuvée et engraissée, fertile et apte à faire croître les graines. Toutes les semences qu’on y plante à partir de ce jour sont considérées comme prêtes à être bien fertilisées par la terre et appelées à produire de beaux fruits et légumes, nourrissants et juteux.
En termes plus ‘israéliens’, on peut définir le 15 Shevate comme le jour de l’an agricole des arbres.
Les Mitsvotes qui dépendent de la terre
Du point de vue de la loi juive, la date du 15 Shevate a des répercussions concrètes ; il s’agit des nombreux commandements liés à la terre, aux arbres et aux fruits qui ne sont applicables que sur la terre d’Israël et pas dans les autres pays. Ces commandements sont appelés « Mitsvotes qui dépendent de la terre » car pour les respecter, il faut se trouver en Israël. Les commandements liés à ces arbres ‘dépendent’ donc de la situation géographique de ceux-ci.
Ces commandements sont principalement : les prélèvements des « Téroumotes » et « Maassérotes », la « Shémita », la « Orla » et le « Néta Révaï ». Voici une présentation succincte –‘sur un pied’- de ces Mitsvotes qui dépendent de la terre :
Les prélèvements des Téroumotes et Maassérotes
La Térouma Guédola : une fois que la première récolte est prête, il est demandé au « Israël » (nom donné à toute personne qui n’est pas un ‘Cohen’ ou un ‘Lévi’) d’en prélever une petite part et de la donner chaque année à un Cohen.
Le Maassère Rishone : une fois que la Térouma a été donnée à un Cohen, le propriétaire de la récolte doit prélever un dixième de tout ce qui reste et le donner chaque année à un Lévi.
La Téroumate Maassère : à partir du Maassère Rishone qu’a reçu le Lévi, celui-ci doit en prélever un dixième et le donner chaque année à un Cohen. De nos jours, les propriétaires des récoltes prélèvent cette quantité de Téroumate Maassère (mais elle ne sera pas mangée, ainsi que la Térouma Guédola). C’est la plus grande partie du prélèvement qui ne sera pas consommé (il correspond aujourd’hui à environ 1% de la récolte).
Le Maassère Chéni : après que le propriétaire de la récolte (le ‘Israël’) ait prélevé le Maassère Rishone, il doit prélever à nouveau un dixième de la récolte qui lui reste et partir la manger en état de pureté à Jérusalem ou à la place de cela -et c’est ce qui se passe dans les faits aujourd’hui- il peut transférer la valeur de cette récolte en argent et ainsi il pourra consommer normalement cette partie de la récolte ‘rachetée’. Ce commandement du Maassère Chéni ne concerne que la première année, la seconde, la quatrième et la cinquième par rapport au cycle de sept ans de la « Shémita ».
Le Maassère Ani : pour la troisième et la sixième année du cycle de sept ans de la Shémita, afin de compléter le Maassère Chéni, on prélève un dixième de la récolte qui reste (après le prélèvement du Maassère Rishone) et on la donne à des pauvres. Ce prélèvement n’a pas de sainteté particulière, c’est une donation pour le pauvre. De nos jours, on doit le donner à des gens démunis ou à des organismes qui s’occupent d’eux.
La Orla
Lorsqu’on a planté un arbre fruitier, il y a une interdiction de manger ou tirer profit de ses fruits durant les trois premières années. Ces fruits interdits des trois premières années ont le statut de « Orla », il vaut mieux les ôter de l’arbre et les jeter afin que personne ne les cueille pour les manger et commette la transgression de manger un fruit interdit (c’est mieux aussi pour le bien de l’arbre).
Le Néta Révaï
Une fois que les trois premières années de la Orla sont passées, les fruits de la quatrième année ont une sainteté particulière appelée « Néta Révaï – quatrième plant ». Il faut les manger en état de pureté à Jérusalem ou, en prendre avec soi la contrepartie financière et acheter avec -à Jérusalem- d’autres fruits qui acquerront cette sainteté et que l’on consommera dans la ville sainte.
Toubishevate en tant que jour de l’an – Rosh Hashana
Le jour de Toubishevate est considéré comme ayant une importance prépondérante concernant le respect de tous les commandements précédemment cités car c’est lui qui détermine le début de l’année agricole, voici comment :
En ce qui concerne les prélèvements des Téroumotes et Maassérotes des fruits de l’arbre : On voit si le fruit a passé l’étape de la « ‘Hanta » : c’est le stade où le fruit a poussé de manière significative mais il n’a pas encore atteint un tiers de sa pleine croissance naturelle. S’il a atteint ce stade après le 15 Shevate, il sera considéré comme faisant partie de la nouvelle année malgré sa croissance dument entamée. Mais s’il a atteint le stade de la « ‘Hanta » avant le 15 Shevate, il sera considéré comme faisant partie de la récolte de l’année en cours.
- Ainsi, par rapport au commandement du Maassère Rishone, les fruits qui ont atteint le stade de la ‘Hanta avant le 15 Shevate seront considérés comme faisant partie de l’année en cours concernant les prélèvements et on donnera un dixième de ces fruits ; mais uniquement de ceux qui ont atteint le tiers de leur pleine croissance avant Toubishevate.
De nos jours, on effectue les commandements des Téroumotes et Maassérotes d’une façon un peu différente puisque la Térouma n’est plus pure. Il n’est pas possible de consommer le Maassère Chéni et le Néta Révaï de manière pure et les Cohanim sont en situation d’impureté car le Beit Hamikdash est encore détruit.
Alors comment est-il possible d’accomplir ces commandements ?
Vous l’apprendrez en détail dans notre ouvrage : « Yahadoutone – La maison juive ».
Coutumes de Toubishevate
Nous célébrons le jour du 15 Shevate (Toubishevate) en pratiquant les coutumes suivantes :
- On ne récite pas les passages de supplications (Ta’hanoun) dans les prières et ce depuis la prière de l’après-midi de la veille, le 14 Shevate.
- Lorsque Toubishevate tombe un Shabbat, on ne récite pas le texte de « Av Hara’hamim » avant la prière de Moussaf, ni le passage de « Tsidkatékha Tsédek » à la fin de la prière de l’après-midi.
- On ne jeûne pas à Toubishevate, même des mariés avant la cérémonie du mariage.
- En ce jour, on a l’habitude de consommer de nombreux fruits différents, en particulier ceux qui sont nommés dans le verset qui louange les fruits de la terre d’Israël : les raisins, les figues, les grenades, les olives et les dattes (dans ce verset sont aussi mentionnés le blé et l’orge, mais ils ont déjà reçu leur ‘jour de l’an’ le premier du mois de Tishri qui est le « Rosh Hashana – jour de l’an » des récoltes céréalières comme nous l’avons évoqué précédemment).
- Il faut réciter la bénédiction de « Shéhé’héyanou » sur un fruit nouveau que nous n’avons pas consommé depuis sa production de l’année précédente.
Manger des fruits
Étant donné qu’on trouve souvent des vers dans les fruits, il faut bien les vérifier avant de les consommer.
- Les dattes, les abricots et les figues : il est obligatoire de les ouvrir avant de les consommer et bien vérifier qu’ils ne contiennent pas de vers. En particulier les figues qui sont très fréquemment infestées par des petites bêtes.
- Les fruits secs : il faut les acheter dans des magasins dont la grande propreté est avérée. Il est mieux de les acheter en paquets fermés.
« Car l’homme est un arbre des champs » – Le message spirituel 54
La Torah compare l’être humain à un arbre des champs. Et de fait, on peut vérifier cette équivalence dans de nombreux domaines :
Du point de vue de l’apparence extérieure et physique, on peut dire que chaque partie de l’arbre est aussi présente chez l’être humain : le haut de l’arbre est comparable à la tête, le tronc qui soutient l’arbre ressemble au corps, les branches sont comme les mains et les racines sont comparables aux pieds posés sur terre. De même, l’arbre respire par ses feuilles, le tronc contient des artères par lesquelles passent les liquides dont il a besoin pour subsister, et l’écorce extérieure du tronc -comparable à la peau de l’homme- le protège de forces nuisibles.
Cependant, de par sa nature intérieure et spirituelle, l’arbre possède une dimension plus profonde qui nous fournit une perspective différente du lien qui l’unit à l’être humain. La voici :
Les racines de l’arbre sont cachées profondément sous terre. Sans elles, il ne peut pas continuer à vivre. Elles fournissent à l’arbre tous les minéraux dont son existence dépend, grâce aux racines il se maintient solidement à sa place même dans des cas de tempête ou des conditions climatiques difficiles.
- La racine spirituelle de l’homme est la foi – Émouna. Elle est cachée dans les profondeurs de l’âme juive et c’est d’elle que proviennent la vitalité et les forces spirituelles. Du point de vue de la foi, il n’y a pas de différence entre un homme simple et un grand Tsadik (homme saint). Elle relie le juif à son Créateur très solidement. En cas de ‘tempête’, le juif trouve la force de se confronter aux épreuves difficiles grâce à la foi, elle surgit et monte sur le terrain, pleine de puissance et de fierté juive.
Le corps de l’arbre représente la majorité de sa stature : le tronc, les branches et les feuilles. C’est cette partie qui lui donne sa beauté et sa splendeur, elle permet de connaitre le type de l’arbre et la qualité des fruits qui pousseront de lui. Avec les années, le corps de l’arbre croît et grandit, de nombreuses couches se rajoutent et l’entourent, elles le protègent des forces extérieures nuisibles.
- Le ‘corps’ spirituel de l’homme, c’est la Torah et les Mitsvotes car la majorité de son temps tourne autour de ces deux éléments. De manière différente à la foi (qui est cachée), l’étude de la Torah et l’accomplissement des Mitsvotes sont visibles aux yeux de tous. La qualité des actions de l’être humain permet de le ‘cataloguer’ par rapport au niveau de sainteté dans lequel il se situe. C’est à lui de persister dans la pratique des Mitsvotes et l’étude de la Torah tout le temps. Par cela, il s’entoure de couches spirituelles de protection qui le préservent des forces extérieures nuisibles.
Cependant, ni les racines, ni le tronc, ni les branches et les feuilles, ne ‘touchent’ à la finalité pour laquelle l’arbre a été originellement planté. Il n’atteint cette finalité et le but de son existence que lorsqu’il produit des fruits dans lesquels se trouvent des graines qui, elles aussi, permettront de donner le jour à d’autres arbres qui produiront eux-aussi des fruits.
- Cette chose est vraie aussi en ce qui concerne la vie spirituelle de l’être humain : le juif ne doit pas se suffire de ses propres accomplissements -aussi remarquables soient-ils- car ils ne l’amènent qu’à sa propre perfection spirituelle. La raison de notre descente dans ce monde est de ‘produire des fruits’, c’est-à-dire de propager du bien et de la bonté autour de nous, d’influencer une autre personne à faire du bien à une troisième personne et de transformer ainsi les personnes qui nous entourent en ‘arbres fruitiers’ aux racines solides (la foi), avec un tronc, des branches et des feuilles solides (la Torah et les Mitsvotes) qui produisent des fruits (l’aide à son prochain).
