Contexte
Les bénédictions du matin sont un rassemblement de bénédictions instituées par nos Sages et qu’il faut réciter chaque matin. Par ces bénédictions, nous remercions D-ieu pour toutes les choses ordinaires et ‘simples’ qu’Il nous donne chaque jour à nouveau. Par exemple, nous Le remercions de nous avoir réveillés le matin, d’être capables de voir et de marcher, d’avoir des vêtements à porter, et ainsi de suite. Nous Le remercions également de nous avoir « choisis parmi toutes les nations » et de nous avoir donné la Torah, et nous Le prions pour que nous et nos enfants ayons le privilège de nous engager dans l’étude de la Torah avec amour.
À l’époque où ces bénédictions ont été instituées, chacune d’entre elles était récitée en conjonction avec l’acte pour lequel elle rendait grâce. Par exemple, la bénédiction « Qui libère les prisonniers » devait être récitée dès qu’une personne s’asseyait dans son lit (se libérant ainsi des ‘chaînes’ de l’immobilité), la bénédiction « Qui redresse le courbé » était récitée au moment où l’on se lève, et la bénédiction « Qui habille les dénudés » était récitée après s’être habillé et ainsi de suite.
De nos jours, nous récitons les bénédictions du matin toutes ensemble à la maison, en remerciant D-ieu pour tout ce que nous avons fait depuis le moment où nous nous sommes réveillés. Chaque personne est tenue de réciter toutes les bénédictions du matin, même si elle n’a pas personnellement bénéficié, ce matin-là, des actions qu’elles décrivent. (Par exemple, une personne qui s’est endormie entièrement habillée est quand même tenue de réciter la bénédiction « Qui habille les dénudés »). En effet, l’objectif de ces bénédictions n’est pas seulement de remercier D-ieu pour les avantages dont nous avons personnellement bénéficiés, mais aussi de Le remercier pour le fait qu’Il a créé de manière générale tout ce dont le monde a besoin.
Dans certaines communautés, les bénédictions du matin ne sont pas récitées par chaque individu à la maison mais à la synagogue, dans le cadre de la prière du matin. Pour certaines de ces communautés, il est d’usage que toute la congrégation les récite ensemble. Pour d’autres, une personne récite toutes les bénédictions à haute voix, et les autres répondent « Amen » après chaque bénédiction. Cependant, il est conseillé de les dire à la maison, au moment le plus proche possible du lever.
- Les bénédictions du matin doivent être récitées :
- Après s’être rincé la bouche
- En étant debout.
Nétilate Yadayime
Techniquement parlant, on pourrait réciter la bénédiction de « Al Nétilate Yadayime » avec les autres bénédictions du matin, même sans effectuer un deuxième lavage rituel des mains avant de les dire. De même, on pourrait aussi réciter la bénédiction du matin de « Ashère Yatsar » (récitée après avoir fait ses besoins) sans avoir été aux toilettes. Néanmoins, il est recommandé d’aller aux toilettes avant de dire les bénédictions du matin, puis de se laver les mains une deuxième fois, cette fois avec la bénédiction « Al Nétilate Yadayime » et dire ensuite celle de « Asher Yatsar » (avec le reste des bénédictions), de manière à ce que ces deux bénédictions soient liées aux actes pour lesquels elles sont récitées en remerciement à D-ieu.
Cette deuxième ablution des mains doit être faite de la même manière que la première, faite au réveil le matin. On verse de l’eau d’un Kéli trois fois en alternance sur chaque main (droite-gauche, droite-gauche, etc.).
Une fois la Nétilate effectuée, il faut se frotter les mains puis les élever à la hauteur des yeux, les doigts écartés, et réciter la bénédiction « Al Nétilate Yadayime » suivie immédiatement par les autres bénédictions du matin.
- Pour ceux qui souhaitent accomplir le rituel de manière encore plus idéale, il est bon d’utiliser une serviette pour tenir le récipient d’eau (Kéli) et le passer d’une main à l’autre, afin d’éviter de le toucher avec des mains mouillées.
L’explication des bénédictions
Voici la liste des bénédictions du matin ainsi qu’une brève explication de chacune d’entre elles. (Veuillez noter que nous avons expliqué chaque bénédiction en fonction de sa signification la plus simple, mais qu’il existe d’autres niveaux de sens, beaucoup plus profonds et fascinants, pour chacune d’entre elles).
Al Nétilate Yadayime
Dans cette première bénédiction, nous remercions D-ieu pour la mitsva de Nétilate Yadayime, qui nous aide à être une personne pure et sainte, et nous prépare ainsi à la prière et au service de D-ieu au long de la journée, tel un prêtre du saint Temple se préparant à son service rituel.
Ashère Yatsar Ète Haadam Bé’hokhma
Par cette bénédiction, nous remercions D-ieu pour la sagesse avec laquelle Il a créé l’être humain, et pour le fait incroyable que tous les composants bénéfiques de la nourriture que nous consommons s’intègrent dans notre chair et notre sang, tandis que les déchets sont expulsés du corps. Nous nous émerveillons également du miracle que l’âme spirituelle puisse résider dans un corps matériel.
- Important à savoir ! Cette bénédiction doit être récitée chaque fois que nous avons été aux toilettes, après s’être lavé les mains, tout au long de la journée. Cela même si le corps n’expulse qu’une quantité minimale de déchets (une gouttelette).
Élokaye Néshama Chénatata Bi
Cette bénédiction remercie D-ieu d’avoir créé l’âme, de l’avoir dotée de ses capacités et de l’avoir placée dans notre corps. Nous Le remercions pour chaque moment où l’âme est en nous.
Hanotène Lassekhvi Bina
Cette bénédiction remercie D-ieu d’avoir doté le coq de la capacité de discerner exactement le moment où l’obscurité de la nuit fait place à la lumière du jour, c’est alors qu’il fait entendre son ‘chant’.
Même si nous ne comptons plus sur les coqs pour nous réveiller, puisque la technologie moderne nous a fourni des inventions
comme le réveille-matin, nous récitons toujours cette bénédiction en raison de sa signification profonde : remercier D-ieu de nous avoir donné la capacité de distinguer le bien (représenté par le jour) du mal (symbolisé par la nuit).
Pokéa’h Ivrim
Pendant toute la nuit, nos yeux ont été fermés. Maintenant que nous avons ouvert les yeux au matin, nous remercions D-ieu de nous avoir redonné la possibilité de voir et de nous avoir ouvert les yeux (spirituellement parlant).
Matir Assourim
La signification littérale du mot « assourim » est ‘attachés’. Cette bénédiction fait référence aux membres du corps humain, qui étaient, en quelque sorte ‘prisonniers’ et ‘attachés’ pendant la nuit, pendant que le corps dormait. Nous remercions D-ieu de nous avoir donné la capacité de nous asseoir sur le lit et de bouger nos membres comme nous le souhaitons.
Zokèfe Kéfoufim
Nous avons passé toute la nuit en étant allongé sur notre lit. Maintenant que nous sommes réveillés, nous remercions D-ieu de nous avoir donné la capacité de nous tenir droit sur nos pieds, ce qui est l’une des caractéristiques qui nous distinguent des animaux.
Malbish Haroumim
Dans cette bénédiction, nous remercions D-ieu de nous avoir donné la possibilité de porter des vêtements, ainsi que pour les vêtements eux-mêmes avec lesquels nous couvrons nos corps et qui nous permettent d’être bien habillés.
Hanotène Layaèfe Coa’h
Dans cette bénédiction, nous remercions D-ieu pour les nouvelles forces et la fraîcheur qu’il nous offre de bon matin alors que la veille au soir, nous nous étions couchés fatigués et éreintés.
Roka Haarètse Al Hamayime
Par cette bénédiction, nous remercions D-ieu pour le simple fait qu’il existe une terre ferme sur laquelle nous pouvons marcher. Nous Le remercions d’avoir créé une terre au-dessus de la surface de l’eau, car si la mer et la terre étaient au même niveau, les eaux de la mer inonderaient la terre et nous ne pourrions pas survivre.
Hamékhine Mitsadé Gavère
Dans cette bénédiction, nous remercions D-ieu de nous avoir donné la capacité de marcher.
Chéassa Li Col Tsorki
Dans cette bénédiction, nous remercions D-ieu de pourvoir à tous nos besoins. Bien qu’à un niveau simple, cette bénédiction remercie D-ieu pour la satisfaction de tous nos besoins, nos Sages l’avaient originellement instituée afin qu’elle soit dite au moment où nous mettons nos chaussures. Car c’est seulement après avoir mis ses chaussures que l’homme est capable de marcher, de courir et de faire tout ce qui lui est nécessaire.
« Une personne doit vendre même les murs de sa maison afin d’acheter des chaussures pour ses pieds » (Talmud de Babylone, Traité ‘Shabbat’).
Ozère Israël Bigvoura
Dans cette bénédiction, nous remercions D-ieu pour la ceinture que nous portons autour du corps. Dans les temps anciens, les gens serraient leur ceinture autour d’un vêtement ample afin de le maintenir ou d’être plus confortable. La ceinture avait également une importance particulière pour un combattant, car elle portait ses armes (son couteau ou son épée ; aujourd’hui, son arme à feu).
Otère Israël Bétifara
Dans les temps anciens, toute personne qui se respecte portait un chapeau ou une autre forme de couvre-chef lorsqu’elle sortait à l’extérieur.
Cette bénédiction rend grâce à D-ieu pour nos couvre-chefs. Originellement, les sages l’ont institué afin d’être récitée lorsqu’on met sa Kippa ou son chapeau.
Chélo Assani Goy
Dans cette bénédiction, nous remercions D-ieu de nous avoir donné le privilège de faire partie du peuple choisi pour respecter les 613 commandements de la Torah, plutôt que de faire partie des nations du monde, qui n’ont que sept commandements à observer.
Chélo Assani Icha
Il s’agit d’une bénédiction dans laquelle les hommes remercient D-ieu pour leur obligation d’observer tous les 613 commandements de la Torah, contrairement aux femmes puisqu’elles sont exemptes d’un grand nombre de ces commandements.
- Les femmes ne récitent pas cette bénédiction. À la place, elles remercient D-ieu avec une autre bénédiction qui se termine par les mots « Chéassani Kirtsono – Qui m’a fait selon Sa volonté ».
Misogynie ? Pas le moins du monde !
Pour une explication à cela, consultez notre ouvrage : « Yahadoutone – La vie d’une femme juive ».
Hamaavir Shéna Méénaye
Dans cette bénédiction, nous remercions D-ieu de nous avoir réveillé du profond sommeil pendant lequel nos paupières recouvraient nos yeux.
Vihi Ratsone… Hagomèle ‘Hassadim Tovim Léamo Israël
Ce passage est une continuation de la bénédiction précédente (« Qui ôte le sommeil de mes yeux ») et nous y implorons D-ieu de nous accorder la réussite pour la persévérance dans l’étude de la Torah et l’observation des commandements. Nous demandons également à D-ieu de ne pas nous placer dans une situation dans laquelle nous serions mis à l’épreuve ou subirions une honte, de ne pas laisser le mauvais penchant -Yetsère Hara- nous contrôler, et de faire en sorte que nous fassions de bonnes actions, que nous soyons toujours entourés de bonnes personnes et d’amis, et que nous trouvions grâce aux yeux de tous ceux qui nous entourent.
Yéhi Ratsone… Oumidina Shel Guéhinam
Poursuivant le thème de la bénédiction précédente, nous récitons une autre prière à D-ieu pour qu’il nous protège des personnes effrontées ou insolentes, des méchants ou des mauvais amis, de la calomnie et des dénonciations, de la maladie et de la mort non naturelle, et que nous n’ayons pas besoin de passer par le Guéhiname (l’enfer mais pas au sens effrayant décrit dans certaines croyances) avant d’arriver au Gan Éden (le paradis).
Birkote Hatorah
Nous passons ensuite à une série de trois bénédictions associées à l’étude de la Torah appelées Birkote HaTorah. L’étude de la Torah est le fondement et la base du maintien de notre existence en tant que Juifs, comme nous l’expliquerons plus tard dans le chapitre consacré à ce sujet.
- La première bénédiction : « Baroukh… Al Divré Torah – Béni sois-Tu… pour les paroles de Torah ». Nous bénissons le Créateur pour le commandement qui nous enjoint d’étudier la Torah.
- La deuxième bénédiction : « Véhaarève Na… Hamélamède Torah Léamo Israël – Fais s’Il te plait que soient doux les mots… Qui enseigne la Torah à Son peuple Israël ». Dans ce passage, nous demandons à D-ieu de nous permettre d’étudier la Torah et de la trouver douce et agréable, et de faire en sorte que tous nos descendants -garçons et filles- connaissent D-ieu et étudient Sa Torah de manière désintéressée, c’est-à-dire pas pour des raisons financières ou de prestige, seulement pour s’attacher à Lui.
- Et pour terminer, la troisième bénédiction : « Baroukh… Ashère Ba’har Banou Micol Haamime… Notène HaTorah – Béni sois-Tu… Qui nous a choisis parmi toutes les nations… Qui donne la Torah ». Dans cette bénédiction, nous remercions D-ieu de nous avoir choisis parmi les nations et de nous avoir donné le cadeau le plus merveilleux qui existe sur terre : Sa sainte Torah.
Passages d’étude de la Torah
Afin de s’assurer que les bénédictions sur l’étude de la Torah soient suivies immédiatement par son étude effective, nous récitons plusieurs passages tirés des trois parties de la Torah : la Bible (Les cinq livres du ‘Houmash), la Mishna et le Talmud (Guémara).
- De la Bible, nous récitons les versets du Livre des Nombres qui rapportent la bénédiction des Kohanim (les prêtres du saint Temple). « D-ieu parla à Moïse et dit… D-ieu te bénira et te protègera… et Je les bénirai ».
- Ensuite nous disons un passage de la Mishna qui commence par les mots « Voici les choses qui n’ont pas de quantité fixée ». Ce passage énumère un certain nombre de commandements bibliques qui ne spécifient pas de quantité ou de mesure précise pour leur observance. Par exemple, en ce qui concerne la mitsva d’accomplir des actes de bonté, aucune instruction spécifique ne nous est donnée quant à la fréquence de ces actes ou à la manière de les accomplir. Il s’agit d’un précepte de la Torah qui n’a pas de ‘mesure précise’ ni de quantité minimale ou maximale pour être qualifié d’acte de bonté.
- Dans une veine similaire, nous récitons un autre passage qui énumère les préceptes pour lesquels nous sommes récompensés à la fois dans ce monde ci et dans le monde à venir lorsque nous les accomplissons, et qui commence par « Voici les choses dont l’homme profite de l’usufruit dans ce monde ». Par exemple : honorer les parents, accueillir des invités, visiter les malades, etc.
Le passage se termine par une déclaration selon laquelle, malgré l’immense valeur de tous les commandements qu’il vient d’énumérer : « l’étude de la Torah les vaut tous réunis », c’est-à-dire que la valeur de la Mitsva d’étudier la Torah est supérieure à celle des autres commandements !
La bénédiction sur les franges du talite : Les Tsitsite
À la fin des bénédictions du matin, nous récitons une bénédiction spéciale sur le Talite Katane, un vêtement avec des Tsitsite (franges rituelles attachées à chacun de ses quatre coins) que nous allons porter tout au long de la journée. (Dans les pages qui suivent, nous aborderons plus longuement les détails de cette Mitsva et sa signification).
- Avant de réciter la bénédiction, on doit examiner chacune des franges pour s’assurer qu’elles sont intactes. On doit également séparer les fils qui se sont emmêlés.
- On tient les deux franges de Tsitsite de devant dans la main droite et on récite la bénédiction : « Baroukh… Ashère Kidéshanou Bémitsvotav Vétsivanou Al Mitsvate Tsitsite – Béni sois-Tu… Qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné la Mitsva des Tsitsite ».
- À la fin de la bénédiction, on doit passer les Tsitsite devant les yeux, puis les embrasser.
Cette bénédiction est récitée sur le Talite Katane (littéralement : le petit Talite), un vêtement que l’on enfile -ou que l’on change- dès le lever. Il existe un autre vêtement, le Talite Guadol (littéralement : le grand Talite) qui est le châle de prière que l’on met à la synagogue avant de commencer l’office du matin. Nous discutons longuement de ce sujet dans notre ouvrage « Yahadoutone – La synagogue et les prières ».
- Une personne qui porte un Talite Guadol pendant la prière (soit parce qu’elle est mariée, soit parce que la coutume de ses ancêtres est de commencer à porter un grand Talite dès l’âge de 13 ans) ne récitera pas la bénédiction précédemment citée sur les Tsitsite du Talite Katane dans le cadre des bénédictions du matin. La bénédiction sur le Talite Guadol est différente : « Léïtatèfe Bétsitsite – s’entourer des Tsitsite » et elle rend quitte de la bénédiction sur le petit Talite.
Les horaires de la récitation du Shéma Israël
La loi juive demande que la prière du Shéma Israël soit récitée dans les trois heures qui suivent le lever du soleil. La fin de cette période de trois heures est appelée « Sof Zémane Kéryate Shéma – La fin du temps de la lecture du Shéma ».
S’il vous semble que vous allez peut-être dépasser le temps de la lecture du Shéma quand vous y arriverez dans le cadre de la prière du matin. Arrêtez-vous pour le réciter avant. Prononcez le premier verset « Shéma Israël… », puis la deuxième phrase « Baroukh Shem Kévode… » et les trois paragraphes de « Véahavta », « Véhaya Im Shamoa » et « Vayomère ».
Et si finalement vous êtes quand même dans les temps quand le Shéma habituel est récité dans le cadre de la prière, alors vous avez engrangé les profits de la récitation de versets de la Torah en plus de bon matin. Et cela valait mieux que prendre le risque de dépasser l’heure permise.
