Contexte
Le « Birkate Hamazone – Bénédiction sur la subsistance » est l’appellation qu’on donne à une série de bénédictions -instituées par nos maîtres de mémoire bénie- que l’on doit réciter à la fin d’un repas au cours duquel on a mangé du pain. Le terme ‘subsistance’ s’applique au pain car il est considéré comme l’élément essentiel qui nourrit le corps.
- Une personne n’est obligée de réciter le Birkate Hamazone que si elle a consommé au moins un Kazayite (un volume de 27 cc) de pain.
Le Birkate Hamazone contient quatre bénédictions qui expriment notre gratitude envers D-ieu pour Sa bonté et Sa générosité qui nous accompagnent constamment chaque jour.
Ces quatre bénédictions ont été composées à des époques différentes qui ont ensuite été organisées selon la structure du Birkate Hamazone telle que nous la connaissons aujourd’hui.
Voici un bref aperçu de la structure des bénédictions qui composent le Birkate hamazone :
Les passages d’introduction
Avant de commencer les bénédictions proprement dites, il est d’usage de réciter auparavant les passages suivants :
- Le psaume 137 : « Sur les rives de Babylone ». Ce psaume décrit un événement qui s’est produit alors que les Juifs étaient en exil à Babylone, lorsque leurs geôliers babyloniens leur demandèrent de chanter quelques-uns des ‘chants de Jérusalem’. Le psaume contient le verset bien connu par lequel les Juifs ont répondu à cette demande : « Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite soit oubliée ». À la fin du psaume, nous demandons à D-ieu de se souvenir des souffrances que nos ennemis nous ont infligées et de leur rendre la monnaie de leur pièce.
- Lors d’occasions joyeuses particulières telles que le Shabbat, un jour de fête, un mariage ainsi que les jours où l’on ne récite pas les supplications (Ta’hanounim) pendant les services de prière habituels, ce psaume ‘triste’ n’est pas récité. Nous le remplaçons par le psaume 126 plus optimiste : « Chant des degrés, lorsque D-ieu est revenu à Sion » qui décrit le rire qui emplira nos bouches quand le Messie viendra.
- Le psaume 67 : « Au chef des chantres, dans les mélodies de louange et de joie » qui fait allusion au rassemblement des exilés juifs qui aura lieu après l’arrivée du Messie ; à la guerre de ‘Gog et Magog’ qui précédera son arrivée ; et au fait qu’à l’ère messianique, le monde entier saura qu’il n’y a qu’un seul D-ieu.
- Ce psaume est également omis lors de grandes occasions de joie et nous le remplaçons alors par le psaume 87 : « Pour les fils de Kora’h, une louange, un chant ».
- Puis nous récitons une série de quatre versets : « Je bénirai D-ieu » du livre des Psaumes ; « La conclusion de tout » du livre de l’Ecclésiaste ; « Que ma bouche dise la louange de D-ieu » et « Et nous bénirons D-ieu », tous deux tirés aussi du Livre des Psaumes.
La liste de l’ordre des bénédictions
La première bénédiction : « qui nourrit tout »
Cette bénédiction a été composée par Moïse lorsque le peuple juif a reçu pour la première fois la manne, le ‘pain’ miraculeux qui est descendu des cieux tout au long du séjour des juifs dans le désert.
Cette bénédiction exprime notre reconnaissance et notre gratitude pour la grande bonté dont Dieu fait preuve à notre égard en nous donnant de la nourriture mais aussi en veillant à ce que toutes créatures reçoivent la subsistance dont ils ont besoin.
La bénédiction commence ainsi : « Béni sois-Tu, D-ieu… Qui nourrit le monde » et se termine par « Béni sois-Tu, D-ieu… Qui nourrit tout ».
La deuxième bénédiction : « sur la terre »
Cette bénédiction a été composée par Josué, le fils de Noun, lorsqu’il a mené la conquête de la terre d’Israël.
Dans cette bénédiction, nous remercions D-ieu de nous avoir donné la Terre d’Israël, à nous et à nos ancêtres, de nous avoir libérés de l’esclavage en Égypte, de nous avoir donné le précepte de la circoncision, de nous avoir enseigné Sa Torah, de nous avoir donné tous Ses commandements et, bien sûr, de pourvoir constamment à nos besoins en nourriture.
La bénédiction contient deux paragraphes. Elle commence par les mots « Nous Te remercions, Éternel notre D-ieu » et se termine par « Béni sois-Tu pour la terre et pour la subsistance ».
À Hanoucca et à Pourim, nous rajoutons à l’intérieur de cette seconde bénédiction un passage spécial commençant par les mots « Al Hanissim – Pour les miracles ». Dans cette insertion, nous remercions également D-ieu pour les miracles qu’Il a accomplis pour nous durant ces jours-là.
La troisième bénédiction : « qui construit jérusalem »
Cette bénédiction a été composée par le roi David et son fils, le roi Salomon, qui ont chacun introduit un paragraphe de leur cru dans la bénédiction.
David et Salomon ont utilisé cette bénédiction afin de prier pour que la royauté de David se perpétue et pour que la ville de Jérusalem et le Saint Temple se maintiennent. Aujourd’hui, nous utilisons la même bénédiction afin de prier pour la restauration de la dynastie davidique et la reconstruction très prochaine du saint Temple. Nous implorons également D-ieu de ne pas avoir à demander une aide financière ou des prêts à d’autres êtres humains et que nous puissions compter directement sur D-ieu Lui-même pour tous nos besoins.
- La bénédiction commence par les mots « Prends pitié, Éternel notre D-ieu » et se termine par « Béni sois-Tu D-ieu, Qui bâtit Jérusalem par Sa miséricorde, Amen »..
Le Shabbat, un passage spécial (appelé « Rétsé ») est ajouté à cette bénédiction, dans lequel nous prions pour que nous puissions nous reposer et cesser toute activité le jour sacré du Shabbat, sans éprouver de souffrance ou de tristesse. Nous prions également pour que D-ieu console Jérusalem et reconstruise le saint Temple.
À Rosh ‘Hodesh (le premier jour du mois lunaire hébraïque) ainsi que les jours de fête, nous rajoutons la prière de « Yaalé Véyavo » dans laquelle nous demandons à D-ieu de se souvenir de nous pour de bonnes choses en ces jours spéciaux, et de nous envoyer rapidement notre salut et la délivrance véritable et complète.
La quatrième bénédiction : « qui est bon et qui fait du bien »
Cette bénédiction a été composée par les Sages de l’époque de la Mishna (il y a environ 2000 ans) lorsque la permission fut accordée d’enterrer les soldats de Bar Kokhva tombés au combat (voir encadré ci-dessous) pendant la révolte qu’il mena contre les romains.
Dans cette bénédiction, nous remercions D-ieu pour tout le bien qu’Il nous accorde chaque jour, et nous prions pour qu’Il continue toujours à nous combler de Sa bonté et Sa générosité.
La bénédiction commence par les mots : « Béni sois-Tu … D-ieu, notre Père, notre Roi … ».
Au cours du deuxième siècle, le peuple juif mené par Shimone Bar Kokhba, s’est rebellé contre l’Empire romain qui contrôlait alors la terre d’Israël. La rébellion fut couronnée de succès pendant plusieurs années, mais elle fut ensuite brutalement réprimée et des centaines de milliers de Juifs furent massacrés. L’empereur romain refusa même d’autoriser l’enterrement des victimes. Ce n’est qu’après de nombreuses années que cette permission fut accordée et l’on constata alors que les corps des victimes étaient restés miraculeusement intacts durant tout ce temps.
« Le miséricordieux » et les passages de conclusion
- Vers la fin de la quatrième bénédiction, nous ajoutons une série de demandes supplémentaires qui commencent par le mot hébreu « Hara’hamane – le Miséricordieux » un terme décrivant D-ieu puisque l’un de Ses attributs sacrés est la compassion.
Le Shabbat, le Rosh ‘Hodesh et les jours de fête, il y a des insertions spéciales dans ce passage qui commencent également par le terme « Hara’hamane » et mentionnent l’importance particulière de ce jour.
- Alors que nous sommes prêts à conclure le Birkate Hamazone, nous prions et implorons D-ieu pour que le Messie vienne au cours de nos jours, pour que nous ayons une part dans le monde à venir et pour que la paix règne.
- Dans le tout dernier passage du Birkate Hamazone, nous citons un certain nombre de versets qui montrent qu’une personne qui a foi et confiance en D-ieu ne connaîtra jamais la pauvreté ou le manque et bénéficiera d’une bonté constante. Nous concluons en remerciant une fois de plus D-ieu pour Son immense bonté, qui se manifeste par le fait qu’Il « Ouvre Ses mains – Potéa’h ète Yadékha » » et rassasie les besoins de toutes Ses créatures. Enfin, nous déclarons : « Heureux l’homme qui placera -toute- sa confiance en D-ieu ». Car lorsqu’une personne a foi uniquement dans le Maître de l’univers et s’en remet à Lui pour subvenir à ses besoins, cette personne est vraiment bénie.
Le déroulement du Birkate hamazone
« Mayim A’haronime – Les eaux finales »
À la fin d’un repas contenant du pain, avant la récitation du Birkate Hamazone, il y a lieu de se laver une nouvelle fois les mains. Ce rituel est appelé « Mayim A’haronime » (littéralement ‘eaux finales’).
Ce nom indique qu’il s’agit d’un autre lavage rituel des mains qui a lieu à la fin du repas, différent du rituel de Nétilate Yadayime qui est effectué avant le repas et appelé « Mayim Rishonime – les premières eaux » par les sages de la Mishna.
Il y a deux raisons à ce rituel :
- Des raisons de santé : Autrefois, les aliments étaient épicés et trempés dans du ‘Sel de Sodome’ (un sel provenant de la mer Morte, située à l’emplacement de la ville de Sodome). Ce sel était tellement puissant qu’il pouvait provoquer la cécité s’il entrait en contact avec les yeux. C’est pourquoi, à la fin d’un repas, les gens se lavaient le bout des doigts afin d’éliminer tout résidu de sel qui aurait pu y rester et entrer accidentellement en contact avec leurs yeux.
- Des raisons de sainteté : Il est approprié de se laver les mains avant d’accomplir une Mitsva, et le Birkate Hamazone est un commandement biblique.
Même aujourd’hui, alors que la première raison n’est plus applicable (à la fois parce que nous n’utilisons plus le sel de la mer Morte dans nos aliments et parce que nous mangeons généralement avec des couverts plutôt qu’avec nos mains), on continue à observer strictement le rituel de Mayim A’haronime pour la deuxième raison.
Le déroulement des Mayim A’haronime
- On récite le verset suivant : « C’est le lot du mécréant, de la part de Dieu et l’héritage qu’Il lui a désigné ».
- On verse ensuite une petite quantité d’eau provenant d’un Kéli sur le bout des doigts de chaque main qui sont inclinés vers le bas.
- L’eau versée sur les doigts doit tomber dans un autre récipient mais pas sur la table ou le sol.
- On passe le bout des doigts mouillés sur les lèvres, puis on essuie avec une serviette les doigts et les lèvres.
- On récite ensuite le verset suivant : « Il m’a dit : Voici la table qui se trouve devant D-ieu ».
- La tasse dans laquelle les Mayim A‘haronime ont été versées doit ensuite être retirée de la table ou recouverte. L’eau ne doit pas être utilisée à d’autres fins mais être jetée dans l’évier.
- Une fois le rituel des Mayim A’haronime effectué, on ne doit plus parler avant d’avoir terminé la récitation du Birkate Hamazone.
Le « Zimoun – invitation »
Le Zimoun est une bénédiction d’ouverture qui sert en quelque sorte d’introduction au Birkate Hamazone. On ne peut le réciter qu’en présence d’un minimum de trois hommes âgés d’au-moins 13 ans qui ont mangé ensemble, et à condition que deux d’entre eux aient mangé du pain.
L’un des hommes présents est choisi comme responsable pour être celui qui ‘invite’, c’est-à-dire qu’il dirige le Zimoun. Dans le passé, le ‘responsable du Zimoun’ récitait l’intégralité du Birkate Hamazone à haute voix, afin d’exempter de leur devoir ceux qui n’étaient pas capables de le réciter. Aujourd’hui, le responsable ne récite à haute voix que le passage du Zimoun lui-même et la conclusion de chacune des bénédictions du Birkate Hamazone.
Le déroulement du Zimoun
- Le responsable dit : « Rabotaye Névarèkh – Messieurs, bénissons ». (Il existe différentes versions de cette phrase. Chacun suivra la coutume de sa propre communauté ou famille).
- Les autres répondent avec un verset des Psaumes : « Yéhi Shem Ado-naye Mévorakh Méata Véade Olam – Que le Nom de Dieu soit béni dès maintenant et pour l’éternité ».
- Le responsable répète ce verset, puis poursuit : « Birchoute Maranane Vérabbanane Vérabotaye Névarèkh Shéakhalnou Mishélo – Avec la permission des Maîtres, des Rabbins et -la votre- messieurs, bénissons Celui [D-ieu] dont -la nourriture- nous avons mangée ».
- Les autres répondent : « Baroukh Shéakhalnou Mishélo Ouvtouvo ‘Hayinou – Béni soit Celui [D-ieu] pour -Sa nourriture- que nous avons mangée et pour Sa bonté de laquelle nous vivons ».
- Le responsable répète la même phrase : « Baroukh Shéakhalnou Mishélo Ouvtouvo ‘Hayinou – Béni soit Celui [D-ieu] pour -Sa nourriture- que nous avons mangée et pour Sa bonté de laquelle nous vivons ».
- Une personne présente mais qui n’a pas pris part au repas peut également répondre au Zimoun, mais au lieu de la deuxième phrase, elle doit dire : « Baroukh Oumevorakh Shémo Tamide Léolam Vaède – Que soit béni et consacré Son Nom, toujours, pour l’éternité ».
Le Zimoun à dix
Lorsque dix hommes juifs adultes (âgés de 13 ans ou plus) sont présents, on considère qu’une sainteté particulière repose sur eux et la Présence de D-ieu est ressentie plus intensément. Par conséquent, lorsque dix hommes ou plus ont mangé ensemble, et qu’au moins sept d’entre eux ont mangé du pain, le texte du Zimoun est légèrement modifié :
- Le responsable rajoute le mot « Élo-Hénou – notre D-ieu » au texte du Zimoun ainsi :
- « … Névarèkh Élo-Hénou Shéakhalnou Mishélo – … bénissons notre D-ieu pour -Sa nourriture- que nous avons mangée ».
- Les personnes présentes rajoutent elles-aussi le mot « Élo-Hénou » dans leur réponse : « Baroukh Élo-Hénou Shéakhalnou Mishélo Ouvtouvo ‘Hayinou – Béni soit notre D-ieu pour -Sa nourriture- que nous avons mangée et pour Sa bonté de laquelle nous vivons ».
- Il est de coutume pour le responsable du Zimoun de tenir une coupe de vin dans sa main pendant le Zimoun et la récitation du Birkate Hamazone, et à la fin de ce dernier, de réciter la bénédiction sur le vin (« Boré Péri Haguéfène ») puis de le boire (et ensuite réciter la bénédiction finale sur le vin).
La récitation des bénédictions du Birkate Hamazone
- Le Birkate Hamazone doit être récité en étant assis à l’endroit même où le repas a eu lieu.
- On doit le réciter mot à mot, tranquillement et lentement. Le texte du Birkate Hamazone figure dans les livres de prières standard et dans des « Birkonim », des brochures ou des pages spéciales où il est imprimé.
- Si un Zimoun a été récité, chaque personne doit faire une pause à la fin de la première bénédiction et attendre que le responsable du Zimoun la termine à voix haute afin de répondre ‘Amen’.
- Le Birkate Hamazone est considéré comme couvrant chaque aliment ou boisson qui a été consommé au cours du repas, même pour ceux qui nécessitent une bénédiction séparée à l’intérieur du repas, comme le vin ou les desserts. Il n’est donc pas nécessaire de réciter leur bénédiction finale (« Al Hamé’hya », « Al Haguéfène », « Boré Néfashote ») après le Birkate Hamazone.
- Un jour de semaine, il faut retirer tous les couteaux de la table avant de réciter le Birkate Hamazone, ou au moins les recouvrir. Il est considéré comme inapproprié qu’un instrument pouvant être utilisé pour abréger la vie, soit présent sur une table où l’on a servi de la nourriture, qui donne à une personne la capacité de vivre.
Question : J’avais quelque chose d’urgent à faire immédiatement après le repas, j’ai quitté la table et j’ai oublié de réciter le Birkate Hamazone. Que dois-je faire maintenant ?
Réponse : Vous pouvez réciter le Birkate Hamazone tant que vous ressentez encore un sentiment de satiété après le repas, ce sentiment dure généralement jusqu’à ce que la nourriture consommée ait été digérée. Nos Sages ont estimé que cela prend environ 72 minutes. Par conséquent, si 72 minutes se sont écoulées après la fin du repas, vous ne pouvez plus le réciter. À l’avenir, il faudra faire attention à ne pas quitter la table avant d’avoir récité le Birkate Hamazone et avoir ainsi dit ‘Merci’ à D-ieu. Il est important de ne pas faire preuve d’ingratitude.
La fin du repas
Une fois le repas terminé, il ne faut pas jeter les restes de nourriture et les miettes de pain dans une poubelle. Il vaut mieux les ramasser et les donner aux animaux. Le fait de traiter les miettes de pain de manière irrespectueuse (comme les mettre dans un endroit où l’on pourrait les piétiner) est considéré comme entraînant la pauvreté, ce qui n’est pas tellement recommandable…
