Introduction
Les téfilines (phylactères) sont des objets rituels sacrés, composés de cubes noirs auxquels sont fixées de longues lanières. Les téfilines sont faites avec la peau d’un animal et renferment des parchemins sur lesquels sont inscrits quatre passages de la Bible. Un set de téfilines comprend deux unités distinctes : la téfiline de la tête (chel roch) et la téfiline du bras (chel yad).
Tout homme juif âgé de treize ans et plus doit mettre les téfilines chaque jour, excepté le Chabbat et les jours de fête.
- Le précepte de porter les téfilines est considéré comme l’un des plus importants du judaïsme. Les Sages enseignent qu’un homme scrupuleux dans son accomplissement sera récompensé par la longévité.
Faisons connaissance avec les Téfilines
Chacune des deux téfilines, aussi bien celle du bras que celle de la tête, est composée d’un boitier (appelé bayit) qui contient les parchemins et de lanières (retsouot). Voyons à présent en détail les différentes composantes des téfilines :
Les boîtiers
Le boîtier est la principale composante des téfilines. Il est fabriqué à partir d’une seule pièce de cuir, peinte en noir. C’est avec cette pièce de cuir que l’on forme le boîtier des téfilines qui se partage en trois parties distinctes : la ketsitsa, la titora et la maabarta. Les différentes parties du boîtier sont fixées ensemble avec douze points de couture au moyen d’un fil fabriqué à partir des nerfs d’un animal casher.
- La ketsitsa est le cube noir creux qui forme la partie supérieure du boîtier. C’est dans ce cube que l’on introduit les parchemins, sur lesquels sont inscrits des passages de la Bible.
La ketsitsa de la téfiline du bras diffère de celle de la tête. Dans la téfiline portée au bras, on introduit une unique pièce de parchemin et la ketsitsa consiste donc en une seule cavité. En revanche, la téfiline de la tête contenant quatre parchemins distincts, sa ketsitsa est divisée en quatre compartiments.
De plus, sur la ketsitsa de la téfiline de la tête, la lettre hébraïque chine apparaît sur les deux côtés du cube. Sur le côté droit, le chine est composé de trois branches selon la forme régulière de cette lettre, mais sur le côté gauche, il possède quatre branches.
Question : Quelle est la signification de cette étrange lettre chine, portant quatre branches au lieu des trois habituelles ?
Réponse : De nombreuses explications ont été données à cette loi. L’une d’elles indique que le chine du boîtier doit être formé à la fois en saillie et en creux à la surface du téfiline (c’est-à-dire que la partie gravée d’un côté du cuir donne le relief de l’autre côté). Aussi, les trois branches du chine du côté droit correspondent aux espaces séparant les quatre branches du chine du côté gauche. La ketsitsa doit former un carré parfait, sa longueur et sa largeur devant être très exactement égales. Il existe différentes coutumes concernant la taille des téfilines, appelées respectivement : « 2/2 », « 3/3 », etc
Selon la coutume ‘Habad, les téfilines doivent être au format « 4/4 », ce qui correspond à 4,5 cm sur 4,5 cm.
- La titora est un carré de plus grande dimension sur lequel repose la ketsitsa et qui forme la base du boîtier. La titora est constituée de deux parties qui peuvent être séparées, et c’est par elle que l’on introduit les parchemins dans la ketsitsa.
- La maabarta est la partie située à l’arrière des téfilines, qui forme une saillie derrière la titora. La maabarta comporte une fente qui la traverse de part en part dans laquelle est enfilée la lanière des téfilines.
Idéalement, le boîtier des téfilines sera façonné avec du cuir de bovin. Lorsque celui-ci est soumis à une grande pression, il crée un carré parfait dont la forme et la couleur demeurent intactes très longtemps.
Les téfilines peuvent rester en bon état pendant de longues périodes. On a cependant la coutume de les faire examiner par un expert toutes les quelques années afin de s’assurer du bon état des boîtiers et des parchemins. Idéalement, on les fera vérifier une fois par an pendant le mois d’Eloul (le dernier mois du calendrier juif).
Les parchemins
À l’intérieur des téfilines, on introduit des parchemins appelés « parachiyot » en hébreu, au nom des « passages » de la Torah qui y figurent.
Comme pour le Séfer Torah, ces textes doivent être écrits par un scribe qualifié avec une plume et une encre noire particulières. Les parachiyot sont calligraphiées sur du parchemin fabriqué à partir de la peau d’un animal casher.
Les quatre passages bibliques introduits dans les téfilines sont les suivants :
- Kadech Li kol békhor – « Sanctifie pour Moi tout premier-né… » – Extrait du chapitre 13 de l’Exode, ce texte décrit le miracle de la sortie d’Égypte.
- Véhayah ki yéviakha – « Ce sera, lorsque l’Éternel t’amènera… » – Également extrait de l’Exode, ch. 13, ce passage décrit la naissance de la nation juive lors du Don de la Torah au mont Sinaï, et il témoigne de la Providence divine dans le monde.
- Chéma Israël – « Écoute, Israël… » – Extrait du Deutéronome ch. 6, ce texte évoque l’acceptation de la souveraineté de D.ieu.
- Véhayah im chamoa – « Ce sera, si vous écoutez… » – Tiré du Deutéronome, ch. 11, ce passage nous engage à accepter les commandements de D.ieu.
Pour la téfiline du bras, ces quatre sections sont écrites sur une seule et longue pièce de parchemin que l’on introduit entièrement dans le boîtier. Mais pour la téfiline de la tête, ces textes sont écrits sur quatre parchemins distincts, insérés dans les quatre compartiments du boîtier.
Les lanières
Des lanières de couleur noire sont nouées aux boîtiers des téfilines, avec lesquelles on fixe les téfilines à la tête et au bras.
Au moment où l’on met les téfilines, il faut veiller au respect des lanières, car elles ont également un caractère sacré. On ne devra donc pas les faire tomber ni les laisser traîner au sol.
Après avoir découvert la structure des téfilines, nous pouvons nous intéresser au précepte qui nous engage à les porter quotidiennement.
Quand met-on les téfilines ?
Il est permis de mettre les téfilines toute la journée, à partir du moment où la lumière du jour commence à poindre (peu après l’aube) et jusqu’au coucher du soleil. Mais il est interdit de mettre les téfilines la nuit : cette période étant généralement consacrée au sommeil, on risque d’en venir à s’endormir accidentellement en les portant sur soi.
L’usage était jadis de porter les téfilines tout au long de la journée. Aujourd’hui, la coutume veut qu’on les mette avant le début de Cha’harit et qu’on les garde seulement pendant la durée de la prière. Les téfilines ne sont portées à Min’ha qu’en de rares occasions, comme lors du jeûne de Ticha BeAv.
Si quelqu’un n’a pas le temps ou est dans l’impossibilité de porter les téfilines pendant toute la durée de Cha’harit, il devra les mettre tout au moins pour réciter le Chéma. Si même cela est difficile, il devra mettre les téfilines (en prononçant les bénédictions adéquates) pendant au moins quelques instants.
Respect des téfilines
Lorsqu’on est revêtu des téfilines, on doit veiller à les traiter avec le respect qui leur est dû : on aura constamment à l’esprit qu’on les porte sur soi et on gardera son corps en parfait état de propreté.
Bien que l’on soit tenu d’éduquer les enfants à respecter les commandements de la Torah avant leur majorité religieuse, on ne les habitue pas à porter les téfilines à un âge précoce en raison de leur sainteté particulière. En effet, il est interdit de mettre les téfilines en ayant le corps souillé. C’est pourquoi les enfants ne peuvent les porter qu’à partir de 13 ans, lorsqu’ils sont suffisamment mûrs pour se surveiller convenablement.
Pour éviter tout dommage aux téfilines, on les conserve généralement dans des étuis en plastique. Les boîtiers des téfilines sont insérés dans ces étuis et les lanières sont enroulées tout autour. Cette protection permet d’éviter que les téfilines ne s’usent avec le temps.
De nos jours, il est courant de ranger les téfilines dans un sac en tissu ou en velours, sur lequel est brodé le nom de leur propriétaire.
Ces différents accessoires de rangement méritent également d’être traités avec respect et déférence.
Les pensées adéquates
Tout le temps que nous portons les téfilines, nous devons garder à l’esprit que nous sommes en train d’accomplir un commandement divin. Nous penserons aussi au fait que les téfilines – qui contiennent des passages bibliques décrivant la grandeur de D.ieu et Ses miracles – sont placées à proximité des trois principales composantes du corps humain : la tête et le bras, près du cœur.
De fait, la tête est la source des pensées et de l’imagination, le bras incarne l’action et la force et enfin le cœur symbolise les émotions, les sensations et les désirs. En mettant les téfilines, nous nous soumettons au Maître de l’univers et nous vouons nos pensées, nos actions et nos émotions à la réalisation de Sa volonté et au respect de Ses préceptes.
À présent, nous allons voir dans le détail comment procéder pour mettre les téfilines et leur emplacement exact.
- L’emplacement des téfilines sur le corps est une donnée essentielle au respect de ce commandement. Si elles ne sont pas mises au bon endroit sur la tête ou sur le bras, c’est comme si on ne les mettait pas du tout !
- Il faut veiller à ce que les téfilines soient posées directement sur le corps, sans que rien ne fasse interruption. Ainsi, la téfiline du bras devra reposer directement sur la peau et celle de la tête sera en contact direct avec les cheveux. La même exigence s’applique aux lanières : elles reposeront directement sur toute la longueur du bras et sur tout le contour de la tête.
- Les lois relatives aux éléments pouvant constituer une séparation entre les téfilines et le corps sont très nombreuses. En règle générale, sera considérée comme « faisant interruption » toute matière déposée sur le corps et pouvant en être retirée, comme des taches de peinture, du sable, un pansement temporaire, etc. En cas de doute, on consultera une autorité rabbinique.
- En mettant les téfilines, il faut veiller à ce que les lanières ne tombent ni ne traînent au sol.
Mise de la téfiline du bras
La téfiline du bras doit être placée sur la plus « faible » des deux mains, c’est-à-dire celle avec laquelle on est le moins habile. On trouve l’allusion à cette règle dans le verset suivant : « Tu les attacheras comme un signe sur ta main (yadekhah). » À cet endroit, ce mot apparaît de façon inhabituelle, puisqu’il porte un hé à la fin. En raison de cette orthographe particulière, il peut également se lire : « yad kehah », c’est-à-dire « le bras faible ».
Comment détermine-t-on quelle main est la plus faible ? La Loi juive considère que le facteur décisif à cet égard est l’écriture. C’est donc sur la main que l’on n’utilise pas pour écrire que l’on devra mettre la téfiline du bras.
Aussi, la plupart des gens, qui écrivent et effectuent des tâches nécessitant de la dextérité avec la main droite, doivent donc mettre la téfiline au bras gauche. En revanche, un gaucher – c’est-à-dire celui qui écrit exclusivement avec la main gauche – la portera au bras droit.
Mise de la téfiline du bras
- On sort la téfiline de sa pochette et on la retire du boîtier en plastique.
- On déroule la lanière et on enfile la téfiline sur le bras gauche, en orientant la maabarta (la partie saillante traversée par la lanière) vers l’épaule. Le carré inférieur de la téfiline (la titora) doit être placé exactement au centre du bras supérieur, sur le biceps. Le sommet du boîtier doit être orienté parallèlement au muscle, mais légèrement incliné vers le cœur.
- Une fois la téfiline mise à la bonne place, on récite la bénédiction suivante : « Baroukh Ata Ado-naï, Elo- hénou Melekh haolam, achère kidéchanou bémitsvotav, vétsivanou léhania’h téfiline – Béni sois-Tu, Éternel notre D.ieu, Roi de l’univers, qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné de mettre les téfilines. » La bénédiction doit être récitée avant de serrer la lanière sur le bras. Selon la coutume ashkénaze et ‘hassidique, on doit se tenir debout pour mettre la téfiline du bras et prononcer sa bénédiction. Les Juifs séfarades le font en position assise.
- En prononçant ces mots, on aura à l’esprit de se rendre quitte de cette bénédiction également pour la téfiline de la tête. Ainsi, il ne sera pas nécessaire de réciter une deuxième bénédiction en mettant celle-ci.
- Il est strictement interdit de parler entre le moment où l’on récite cette bénédiction et celui où l’on finit de mettre la téfiline de la tête.
- Après avoir récité la bénédiction, on serre la lanière autour du bras. On doit s’assurer que le nœud qui a la forme de la lettre hébraïque youd touche le boîtier.
- On enroule la lanière autour du bras encore deux fois, pour former deux boucles l’une à côté de l’autre, en la faisant passer sur la partie arrière de la téfiline (la maabarta). De la sorte, la lanière fait trois fois le tour du bras et forme la lettre chine. Cependant, les coutumes varient à ce sujet. Dans de nombreuses communautés séfarades, il n’est pas d’usage de former ces boucles, et l’on commence à enrouler la lanière directement sur l’avant-bras.
- On continue à enrouler la lanière autour de l’avant-bras, en faisant sept tours (ou huit, selon la coutume séfarade) sur celui-ci jusqu’à atteindre le poignet. On veillera à ce que la lanière ne se retourne pas sur elle-même, c’est-à- dire que le côté noir soit toujours orienté vers l’extérieur. On doit aussi s’assurer à ce que les boucles formées sur l’avant-bras soient séparées par un espace, de manière à ce qu’elles ne se chevauchent pas.
- On effectuera les sept boucles de l’avant-bras selon l’ordre suivant : une première boucle est formée, suivie par un petit espace ; puis l’on forme deux autres boucles, suivies par un autre espace, et l’on finit enfin avec les quatre dernières boucles. Les sept boucles se succèdent ainsi tout au long de l’avant-bras, de sorte que la dernière se termine juste avant le poignet.
- Après avoir formé les sept boucles de l’avant-bras, on fait passer la lanière en diagonale sur le dos de la main. Puis on l’entoure entièrement sur toute la largeur de la paume, en passant entre le pouce et l’index.
À ce stade, le boîtier de la téfiline est donc posé sur le bras, la lanière enroulée autour de l’avant-bras, mais il en reste encore une bonne longueur. On rassemble dans la main la partie restante de la lanière, en veillant à ne pas la faire tomber au sol, et l’on passe à l’étape suivante : la mise de la téfiline de la tête. Après que la téfiline de la tête aura été correctement placée, nous finirons d’enrouler la lanière de la téfiline du bras.
- N’oublions pas qu’il faut éviter toute distraction entre la mise des deux téfilines. On ne doit pas parler, ni même communiquer avec des gestes ou des mimiques.
Mise de la téfiline de la tête
- On sort la téfiline de sa pochette et on la retire du boîtier en plastique.
- On déroule les lanières et on place la téfiline sur la tête, au-dessus du front et alignée entre les yeux.
- Si l’on ne s’est pas interrompu après la mise de la téfiline du bras, il ne sera pas nécessaire de réciter une bénédiction supplémentaire. Mais si l’on s’est interrompu d’une quelconque façon (par exemple en parlant ou en faisant un signe), on devra réciter une bénédiction également pour la téfiline la tête : « Baroukh Ata Ado- naï, Elo-hénou Mélekh haolam, achère kidéchanou bémitsvotav, vétsivanou al mitsvat téfiline – Béni sois- Tu, Éternel notre D.ieu, Roi de l’univers, qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné le commandement des téfilines. »
- La base de la téfiline (la titora) doit être placée sur la tête, et non sur le front, de telle manière que l’extrémité avant de la titora ne dépasse pas le niveau de la racine des cheveux.
- Le nœud arrière de la téfiline doit être placé derrière la tête, au début du creux qui relie le crâne à la nuque (au niveau de l’occiput). Ce nœud, qui forme la lettre hébraïque dalet, doit être tourné vers l’extérieur, et non en direction du crâne.
- La lanière est serrée autour de la tête, et l’on veillera à maintenir son côté noir orienté vers l’extérieur. Les deux longues lanières qui partent du nœud arrière sont ramenées à l’avant du corps, par-dessus les épaules. On les laisse pendre le long de la poitrine et elles doivent descendre au moins jusqu’au niveau du nombril.
Certains ont pour coutume de réciter systématiquement cette bénédiction en mettant la téfiline de la tête, même s’ils ne se sont pas interrompus.
Sur sa face arrière, elle ne doit pas dépasser le point de jonction des os du crâne, vers le milieu de la tête. Ce point correspond à la fontanelle antérieure des nourrissons, c’est-à-dire la zone souple sur le dessus de la tête où les os du crâne se forment plus tardivement. L’emplacement adéquat de la téfiline de la tête se trouve donc entre ce point et l’extrémité du front.
Ces instructions ne sont pas aussi complexes qu’elles en ont l’air ! Mettre les téfilines est en vérité très facile, cela nécessite seulement une pratique quotidienne. Après deux ou trois fois, vous verrez comme cela vient facilement !
Nous avons maintenant terminé la mise de la téfiline de la tête, et nous pouvons revenir à celle de la main.
- La longueur de la lanière restant dans la main est enroulée trois fois autour du majeur : une première fois sur la phalange inférieure, puis sur la médiane, puis à nouveau sur la première. Certains avis préconisent de l’enrouler d’abord une fois sur la phalange médiane, puis deux fois autour de la phalange inférieure.
- Le reste de la lanière est enroulé autour de la main, en la faisant passer entre le pouce et l’index. L’extrémité est insérée dans les boucles ainsi formées et on la serre convenablement pour la maintenir en place.
- Nous gardons les téfilines pendant toute la prière du matin, comme une « couronne » qui orne notre tête.
Voilà, c’est terminé ! Nous sommes à présent enveloppés du talith, nous avons les téfilines au bras et à la tête et nous sommes prêts à poursuivre notre voyage dans le monde de la prière…
